Monday, May 16, 2011

Le coup du tigre

À multiples reprises lors de mon jogging, j'ai eu la chance d'observer des cours de Kung-fu en nature. En fait, les enseignants amènent leur groupe de 30-35 étudiants autour des lacs du campus et leur font pratiquer les différentes routines. Certains utilisent des éventails, d'autres des sabres, mais généralement, ils pratiquent le combat au corps à corps... mais sans jamais vraiment se battre contre un adversaire. J'ai donc demandé à Mike s'il y avait parfois du contact et il m'a répondu fièrement qu'il y avait justement une compétition à la fin de la semaine et ''it would be an honour for me to show you!'.

Je suis donc allée avec Brett au ''dojo'' du gym pour regarder l'évènement. Dès notre entrée dans la salle, nous voyons Mike au loin qui nous fait un signe de tête tout en s'étirant, visiblement excité que ses amis soient venus l'encourager. Nous observons son échauffement pendant quelques minutes et je pousse un petit cri d'horreur alors qu'il se laisse tomber fluidement dans un grand écart sur le tapis. ''Brett, Brett, LOOK, that is NOT ok!!'' À part pour les gymnastes chinois des Olympiques de Pékin, je ne crois pas avoir jamais vu un homme dans une telle position et je m'inquiète franchement pour sa future progéniture! Mais ça ne semble aucunement le faire souffrir, car voyant mon état de choc, il me crie de loin: ''Look Andy, I'm flexible!'' ... et bien je vois ça mon cher, mais fait attention quand même ok!? Tu as tout de même droit à UN enfant!

La foule commence à remplir le gymnase sous l'oeil amusé des étudiants de Kung-fu qui cherchent toujours à comprendre ce que je fais là! À en juger par le nombre de photos qu'ils prennent de loin et le chuchottage, ce n'est pas tous les jours qu'une enseignante féminine (et étrangère en plus) assiste à leur séance de tapochage. Quelques étudiantes curieuses en talons hauts et mini-jupes (c'est maintenant l'été à Shangqiu!) font aussi partie de la foule et en observant les combattants, je comprends leur stratagème. Moi aussi, si j'étais une étudiante qui doit absolument se trouver un mari avant la fin des études (alors qu'il y a encore du choix!) et que je devais décider entre un petit nerd à lunettes du département d'anglais et un (quand même petit) tas de muscle qui fait du Kung-fu, je passerais aussi mon temps à me balader près du gymnase!

Bien rapidement, deux groupes se forment de chaque côté du tapis et les juges annoncent le début de la compétition. L'ordre des combats est déterminé par le poids alors Mike, du haut de ses 85 kilos, sera le dernier à affronter un de ses amis qui ne semble aucunement enchanté par l'idée de se mesurer au ''gars qui a passé 2 ans à s'entraîner au temple Shaolin''. Je compatis mon gars... même s'il ne ferait jamais de mal à une mouche, c'est du suicide! Les deux premiers étudiants revêtissent les protections communes et s'approchent du milieu du tapis. Fait cocasse, ils doivent tous se partager le même ''jock-strap'' qu'ils enfilent par-dessus leur short! S'il y a bien un endroit où il ne faut pas couper le budget, on pourrait croire que c'est pour la protection des bijoux de jade chinois, mais pas à Shangqiu. Un pour tous et tous pour un...

Le premier combat nous laisse quelque peu perplexes alors que les étudiants se poursuivent sur le tapis en se frôlant à quelques reprises du bout des doigts. Visiblement, ils ont le droit d'utiliser toutes les parties du corps et même de se projeter mutuellement sur le sol, mais la technique n'est pas au rendez-vous alors qu'ils ne se tapent que du dos de la main. Pensez à deux mousquetaires moustachus qui se provoquent en duels à répétition à l'aide d'un gant. Le combat est divisé en 3 parties, à l'issue desquelles les juges prononcent un vainqueur. Je ne vois d'autres manières de décrire les combats qu'en faisant une comparaison avec du fromage. En gros, c'est comme si deux Ficellos agressifs tentaient de se battre violemment. C'est mou, mince et ça ne donne pas grand-chose!

Alors que les catégories de poids se succèdent, le niveau de compétence augmente aussi et lorsqu'arrive le moment tant attendu du combat de Mike, la foule encourage avec enthousiasme. Son pauvre adversaire se place courageusement au centre du tapis avec l'air d'un gars qui sait très bien que sa dignité et peut-être aussi ses deux dents d'en avant, n'en ont plus pour très longtemps. Dès que l'arbitre se retirer du centre, Mike se projette sur son adversaire avec férocité et après deux coups de pieds impressionnants (en sautant dans les airs tout de même!) au casque, le garçon titube vers l'extérieur du tapis. Il tente ensuite de s'agripper aux jambes de mon ami pour le faire balancer au sol, mais autant tenter la même prise sur un des piliers de béton du gymnase. Mike ne bouge pas d'un cheveu et profite de la mauvaise décision de son adversaire pour lui assener quelques coups de poing décisifs au casque. L'arbitre signale la fin du premier round alors que les deux combattants retournent dans leur coin. Mike, frais comme une rose et son ami, s'éffondrant sur une chaise alors que les autres étudiants tentent de le convaincre que c'est une bonne idée de continuer la bataille. Je vous dis qu'ils regardent beaucoup trop de films où le perdant fait une remontée miraculeuse, car malheureusement pour lui, il n'est pas Rocky et ce n'est pas Hollywood.

Alors que le garçon se remet de la première partie de la bataille, je vois que Mike tente de regarder sur la pointe des pieds s'il est ok et qu'il est complètement dévasté de ne pas pouvoir aller porter assistance à son ami. Malgré ses airs de combattant redoutable dans l'arène, il est véritablement un bon garçon et l'ami de tous. Ce doit être insupportable pour lui de devoir tapocher son ami pour impressionner ses enseignants de Kung-fu. Finalement, l'arbitre rappelle les deux étudiants sur le tapis qui commencent la deuxième partie du combat. Quelques minutes plus tard et après un enchaînement digne de tous films de Jackie Chan, l'adversaire de Mike saigne du nez et le combat est officiellement terminé. Dès que l'arbitre laisse tomber le bras de Mike, après avoir signalé sa victoire, il se précipite sur son adversaire pour lui faire les premiers soins... Comme quoi, combat ou pas, c'est dans l'attitude qu'on distingue un vrai vainqueur et les deux étudiants quittent le gymnase bras dessus, bras dessous, la tête haute. Ça lui fera toujours une bonne histoire à raconter à sa future blonde qui était probablement quelque part dans la foule... Je suis certaine que les Chinoises doivent avoir un petit faible pour un gars avec un oeil au beurre noir!

Monday, May 9, 2011

Ré, rayons de soleil d'or!

Dans la lignée de ''Mais qu'est-ce que je pourrais donc faire pour occuper mes quatre heures de conversation cette semaine?'', j'ai décidé de donner une leçon en chanson à mes étudiants. Lorsque j'ai fait un petit sondage maison pour déterminer le plan de mes derniers cours, la suggestion ''songs'' a pris la majorité haut la main! Je devais donc dépoussiérer mes souvenirs de chorale et préparer quelque chose de cohérent et d'intéressant pour satisfaire leur curiosité de la culture anglophone populaire.

Dans le but de rendre leur apprentissage plus démocratique, la cours précédant notre ''concert extérieur'', j'ai présenté 11 différentes chansons à mon groupe et je leur en ai fait sélectionner 4 à chanter tous ensembles. Les chanteurs étrangers les plus populaires en Chine étant Taylor Swift, Avril Lavigne, les Backstreet Boys et Westlife, je devais me tenir le plus loin possible de ce régurgitage rose-bonbon et leur présenter un peu de variété. Pour les curieux, voici ma liste:

- U2 - Stuck in a moment
- Cat Stevens - Father and Son
- Goo Goo Dolls - Iris
- Bruno Mars - The way you are
- Adam Lambert - What do you want from me
- Village People - Kung-fu Fighting (Impossible de m'en empêcher! haha)
- Kool and the Gang - Celebration
- Cat Stevens - Wild World
- ? - Taking care of business
- ? - Somewhere over the rainbow
- Rihanna - SOS

Ma sélection comporte aussi beaucoup de chansons pop, mais comme pour les jeunes enfants, il vaut mieux choisir des mélodies qui se répètent sinon ce sera aussi souffrant pour les étudiants que pour l'enseignant. Malgré une envie presque irrésistible de faire sortir le Freddy Mercury qui sommeil en moi, Bohemian Rhapsody était hors de question! Je m'installe donc devant le groupe, pleine d'enthousiasme à l'idée de partager avec eux de nouvelles chansons, mais dès que je pars la musique... rien. Les étudiants me regardent tous avec des yeux globuleux et je résiste à la tentation d'aller leur tâter le pouls. Je leur aurais donné une dictée qu'il y aurait eu plus d'excitation! Brett m'ayant déjà prévenu que les jeunes ne sont pas énormément expressifs lorsqu'exposé à autre chose que l'hymne national chinois, j'ai décidé de continuer quand même.

''Euh... ok guys. let's change the song...'', Franchement, quand même les Village People et une enseignante qui fait le YMCA n'arrivent pas à faire lever la foule, vaut mieux jeter l'éponge! Après une courte délibération, mon groupe a choisi U2, Adam Lambert, Bruno Mars et Kool and the Gang. Il ne me restait plus qu'à trouver un moyen de les faire chanter!

Le jeudi suivant, j'ai donné rendez-vous à mes jeunes au beau milieu du jardin public de l'école où ils m'ont rejoint armé de leurs morceaux de papier pour protéger leurs fesses des maladies mortelles qui se cachent dans le gazon! Après avoir formé un énorme cercle (50 étudiants, ça prend de la place!) et que j'ai distribué les paroles du jour, j'ai décidé de briser la glace avec mon interprétation tremblotante de Father and Son. Il faut bien montrer l'exemple et mes étudiants sont un public assez facile à satisfaire! En plein milieu de la chanson, lors d'un intermède musical, ils se sont tous mis à applaudir. Était-ce leur moyen de me demander d'arrêter parce que c'était trop souffrant? Et bien non, en Chine, on applaudit à tous moments et ce n'est jamais impoli pour le chanteur.'' It's not time... clap, clap, clap... to make a change...clap, clap, clap... just sit down.... clap, clap, clap... OK, ÇA VA FAIRE!'' Par la suite, nous nous sommes lancés dans la partie ''chorale'' de l'après-midi.

Sérieusement, Maria de la Mélodie du Bonheur peut franchement aller se rhabiller dans les rideaux de son salon! Après quelques minutes, chaque couplet était répété presque parfaitement par mes étudiants qui suivaient le rythme des chansons en tapant des mains et dodelinant de la tête! Ce doit être parce qu'ils sont si bons à apprendre tout par coeur, mais leurs talents devant des chansons inconnues m'a presque tiré une petite larme à l'oeil! 20 minutes après le début du cours, nous pouvions chanter tous ensemble la première chanson et leur sourire fendu jusqu'aux oreilles ne faisait que me confirmer qu'ils en voulaient plus.

Les travailleurs chinois qui faisaient du jardinage autour de notre petit cercle ont bien vite arrêté de travailler (Hummm... ça ne leur prend déjà pas une grande distraction pour prendre une pause... parfois même le passage d'un papillon peut arrêter un chantier pendant 20 minutes!) pour regarder le concert gratuit et l'enseignante échevelée danser au rythme de la musique de ses étudiants.

Mon métier n'est pas facile. Il est épuisant et demandant, mais c'est dans ces moments de communion parfaite entre un enseignant et ses élèves que tout en vaut soudainement tellement la peine.

Et pour voler la ligne des enfants Von Trapp: ''So long, farewell, auf wiedersehen, good nightttttttt!''.

Monday, May 2, 2011

Le modèle de l'année

Ce week-end, j'ai appris qu'être différente en Chine peut parfois amener des avantages... et tout un salaire!
 Tel que prévu depuis quelques semaines, dimanche dernier était le ''Car Show'' de Bozhou, où on m'a demandé de prendre part aux célébrations comme mannequin invité. N'ayant jamais participé à ce type d'activité, sauf pour ma journée au Studio de photo, j'étais plutôt nerveuse à l'idée de devoir monter sur scène et parader devant une foule chinoise. Donnez-moi un micro et un évènement à animer et je le ferai sans problème, mais me déhancher en silence, sans m'enfarger dans les fleurs du tapis est une tout autre histoire! Comme Shannon explique si bien ma maladresse fréquente, ''Andy, I'm sure you fall a lot because for someone with your height, you have incredibly small feet!''.

J'ai donc rencontré l'organisateur de l'évènement à plusieurs reprises avec une étudiante (mon ''agent'' Émilie...) pour négocier mon salaire et les différents détails du contrat. Au fil des rencontres, j'ai rapidement compris que faire des affaires en Chine n'est pas aussi simple que ça ne le paraît et qu'avoir un ''Oui'' définitif est bien près de l'impossible. La première fois où nous avons vu le responsable de la télé locale, il nous a invités dans un café du centre-ville et après 1h de discussion et de sirotage de café, je ne savais toujours pas 1) combien j'allais être payé, 2) l'heure et la date de l'évènement, 3) s'il voulait vraiment m'engager ou plutôt être vu à Shangqiu en ma compagnie. Cependant, pendant notre entretient, il en a profité pour ''péter de la broue'' en masse et m'expliquer en détail à quel point il connaissait des gens importants à Shangqiu... J'ai donc laissé la négociation entre les mains de mon étudiante, m'assurant seulement d'obtenir un bon salaire et j'ai attendu... et attendu... et attendu. La veille de l'évènement, nous n'avions toujours aucune réponse alors j'ai planifié un voyage d'une journée à Kaifeng lorsque j'ai reçu un appel d'Émilie à 18h pour me dire que ''The man called and they are picking us up at 7 am tomorrow!''. Ah tiens donc...

J'ai accepté de rencontrer l'homme sur le campus le soir même pour recevoir ma robe et m'assurer qu'il allait me donner un peu d'argent avant l'évènement. En arrivant au point de rencontre, il y avait une dizaine de petites étudiantes chinoises qui me regardaient en riant et je me suis demandé si j'avais vraiment pris la bonne décision. L'argent c'est bien beau, mais la dignité, ça n'a pas de prix! Il en a tout de suite profité pour me rassurer et me présenter à une des mannequins qui parle anglais. Heureusement qu'elle était au rendez-vous et elle a pu traduire les détails de dernière minute. Ne sachant toujours pas si toute cette organisation était un prétexte pour me kidnapper, j'ai demandé si je pouvais amener un de mes amis, Adam, et il a accepté. Ouf.. je n'allais pas être revendu dans un trafic de profs blanches! En regardant un peu autour de moi, j'ai remarqué que les autres mannequins étaient majoritairement des étudiantes, qu'elles portaient toutes des verres de contacts noirs qui leur donne un air de personnage de dessin animé (des gros yeux globuleux) et qu'elles ne voyaient pas nécessairement ma présence comme une bonne nouvelle... malgré mon air de chien dans un jeu de quilles, j'allais probablement leur voler la vedette! La responsable des mannequins m'a donné le sac contenant ma robe et avec un dépôt de 200 Yuan dans mes poches, j'ai couru à la maison pour essayer la tenue!

Quelle (mauvaise) surprise! La robe était visiblement le seul modèle ajustable pour une taille un peu plus voluptueuse et j'ai glissé dans la ''Fat-dress'' avec perplexité. En tirant sur le cordon pour ajuster le bustier de cet amas de chiffon vert, j'ai commencé à me dire que j'allais peut-être attraper une crise aiguë de gastro m'empêchant de participer à l'évènement. Mais ce n'était pas tout! Afin de camoufler mes épaules, j'avais aussi droit à un (superbe...) baby-doll à manches longues avec une traîne et des fleurs bleues agrémentées d'une bordure en froufrou rose... Aie, aie, aie! Après avoir revêtu le tout, j'ai appelé ma mère et avec l'aide de ma webcam, elle a pu voir l'étendue du désastre... Et ma mère de répondre pour m'encourager: ''Tu sais Andréanne, peut-être que les autres filles vont avoir des robes semblables...''. Donc Bozhou veut organiser un évènement avec 10 mannequins qui ont l'air des clowns travestis? J'en doute! Je suis allée me coucher inquiète priant pour qu'ils me laissent porter ma propre robe!

Le lendemain matin, nous sommes arrivés à la porte de l'école et accompagnée d'Adam et d'Émilie, j'ai pris place dans une des camionnettes pleines de jeunes Chinoises excitées (par l'évènement... mais surtout par mon compagnon masculin qui pourrait LUI être un vrai mannequin!). Une heure plus tard, nous arrivons dans un grand stationnement extérieur rappelant un concessionnaire et malgré mon envie d'explorer un peu le site, ils m'ont demandé de rester cachée dans la camionnette. Il ne fallait surtout pas révéler la surprise! Dès que possible, j'ai aggripé la responsable de l'évènement et sans grand fla-fla, j'ai réussi à échanger mon costume de carnaval pour une belle robe traditionnelle chinoise rouge. Mais ce n'était pas tout, il fallait ensuite ENTRER dans la robe! La mannequin qui parle anglais, Star (héhé, les Chinois et leurs noms anglais...) m'a informé que nous allions nous changer dans la voiture et ma pauvre étudiante traumatisée à l'idée que son enseignante doive se dénuder dans une voiture avec une gigantesque fenêtre a tout de suite brandis sont petit manteau pour me cacher le plus possible. J'ai glissé la robe sur mes épaules sans problème (HA!!) mais lorsqu'est venu le temps de la passer sous mes fesses... yiiiiii....ahhhh....ouffffff... merde, ça n'y allait pas! La voiture m'empêchant de m'étirer rendait impossible l'habillement et par la force brutale d'Émilie et de Star, le tissue a rendu les armes et s'est moulé à mon derrière en déchirant tout de même une petite craque d'aération sur le côté. Cette robe ne serait plus jamais la même! Épingles...épingles, ni vue, ni connue. J'ai sorti du véhicule à l'horizontal sous l'oeil amusé d'Adam qui semblait tout de même satisfait du résultat! Ce que les chinoises ne comprennent pas, c'est que je suis peut-être un peu plus joufflue, mais je peux me ''squeezer'' dans à peu près n'importe quoi!

Quand les mannequins se sont rassemblés pour marcher vers la scène, une des autres filles portait mon costume de clown de la veille! Oh pauvre elle, je lui avais probablement volé sa robe, mais à la guerre, comme à la guerre, ce n'est pas elle qui allait devoir faire la première page du journal local et filmer un segment pour la télé! La mannequin en chef nous a guidées vers la scène où on nous a demandé de prendre place dans des véhicules en attendant le début de l'évènement. C'est bien beau tout ça, mais j'ai bien cru que ma robe allait fendre en deux lorsque je me suis plié pour entrer dans la petite Focus. Après le discours d'ouverture, les filles sont montées sur scène et ont paradé alors que j'étais toujours cachée. Quelques secondes plus tard, on m'a appelée sur scène: (traduction du mandarin.. ce n'est pas une blague) ''And now, from Australia (oups... c'est plus exotique peut-être) the INTERNATIONAL Super-Model: ANDY!''. Poum chi.. Poum chi... Poum chi... d'un seul bond, j'ai grimpé les marches menant au tapis rouge, posé au centre de la scène, fait quelques ta-tas, marché sur le runway en verre, fait d'autres ta-tas, retourné au centre sans m'enfarger et pris la pose à la gauche de l'animatrice qui m'a ensuite interviewé pour la télé. Émilie toute souriante m'a rejoint sur scène et a traduit l'entretien: ''So Andy, what do you think of Bozhou?'', (phrase préparée par la télé) ''Oh, the city is beautiful and the people are so friendly!'', ''They want to welcome you'', ''Euh.. Thank you!!''. J'ai ensuite rejoint les autres filles dans la ligne et nous avons paradé de nouveau autour de la scène avant de finalement redescendre par les trois petites marches précaires.

 Ensuite, la mannequin en chef nous a guidées autour du stationnement où nous avons posé pour chacune des différentes compagnies et leurs véhicules respectifs. Mon étudiante m'a avertie que je devais seulement rester 2-3 secondes devant chacun des véhicules, créant ainsi une frénésie chez les photographes. Seulement, après quelques minutes de poses, ils ont bien vu que je ne savais pas trop quoi faire et ils ont rapidement commencé à suivre les ''vrais'' mannequins. Ouf, soulagement. En étudiant les poses des autres filles, je me suis améliorée et à la fin de la matinée, j'étais une vraie pro! Nous sommes ensuite retournées au véhicule pour nous changer et ils nous ont invitées dans un restaurant local pour le dîner. Le repas était agréable et le ressentiment que les filles avaient pour le traitement de faveur amené par mon statut de ''Star'' s'est quelque peu atténué lorsqu'elles ont fait ma connaissance. J'aime bien croire que je suis difficile à détester lorsque je me force vraiment pour être ''extra-friendly''. Lorsque nous étions bien repues, la responsable a donné à Émilie la clé d'une chambre d'hôtel mise à notre disposition ''to have a rest''. Zut, les filles devant rester au restaurant ou aller dans la voiture me jetaient de nouveau des regards qui tue! La chambre d'hôtel était en fait celle d'un membre de l'évènement alors l'idée de se coucher dans un lit déjà utilisé n'était pas tellement au sommet de notre palmarès des meilleurs endroits pour se reposer. Émilie qui tombait de fatigue s'est tout de suite couchée et j'en ai profité pour jaser avec Adam en attendant le reste de la journée. 

Vers 3h30, nous sommes retournés au véhicule où les filles se changeaient dans des vrais habits de ''pitoune de char'': des petits bustiers en cuirs et des mini-jupes. J'ai enfilé ma propre robe moulante noire et sortie du véhicule comme une vraie ''super-star'', me sentait mille fois plus sexy dans ma propre robe ajustée. Nous avons recommencé le même manège, faisait une apparition sur scène où plusieurs petites filles se sont mises à applaudir et crier lorsque j'ai défilé sur le catwalk. C'est à croire que j'avais probablement plutôt la tête de l'emploi dans cette tenue. Cette fois-ci, aucune des vraies mannequins ne riait de moi, voyant qu'une fille avec des courbes, ça peut aussi être ''beautiful''! J'étais surtout contente de pouvoir montrer à Émilie qu'il y a d'autres types de beauté que d'être grosse comme un bonhomme allumette!

Lorsque la deuxième partie de la journée s'est terminée, nous avons rejoint l'homme de la télé locale pour prendre un verre dans un restaurant et étant donné qu'il y avait un autre évènement, il m'a aussi fait monter sur la scène d'un vrai ''fashion show'' où j'ai défilé accompagnée de 4 mannequins masculins chinois. Moment cocasse: Lorsque nous étions au restaurant, un père de famille m'a tendu son bébé pour qu'il puisse prendre quelques photos de sa progéniture avec l'''International Super-Model''. À un moment, Adam et moi tenions le bambin, ayant l'air d'une véritable petite famille avec son bébé adopté... trop drôle!

Finalement, exténués, nous sommes retournés à Shangqiu en fin de soirée pour prendre un bon repas et regarder un film. Quelle journée incroyable! À pouvoir choisir, dans les fantaisies impossibles, j'aimerais beaucoup plus gagner à la loterie, qu'être un ''super-model'', mais c'est incroyablement flatteur de penser que mon visage canadien assez commun est aussi spécial en Chine. Ici...There's something about Andy...

1000 Yuan (environ 150$) de plus riche, je suis rentrée à la maison avec la promesse de prendre part à un autre évènement au mois de mai avec Adam. La télé de Shangqiu veut organiser un faux mariage traditionnel chinois entre une étrangère et un Chinois et un étranger et une Chinoise... Adam m'accompagnera donc pour ''faire semblant'' alors que je suivrai mon ''mari'' dans une voiture avec porteur et qu'il galopera sur une cheval devant sa ''blushing bride''... Ça devrait être bien drôle (et lucratif!). À suivre...  

Wednesday, April 27, 2011

Jeux Olympiques 2011

''Next Thursday and Friday you are not teaching. It's the Sports Meet.'', m'informe mon patron par un message texte alors que je reviens de Luoyang. Bien excitée de cette nouvelle, je contacte tout de suite Shannon pour lui faire part de la ''Best News Ever'' à quoi elle me répond ''No dude, it totally sucks we are missing class...''. Hum.... Oui, ok, je comprends qu'il faut être un prof dédié et tout, mais déjà que nous travaillons les soirs et fins de semaine et participons à différents évènements chaque week-end, personne ne m'empêchera d'être contente quand ON MANQUE L'ÉCOLE!!

L'excitation laissant place au questionnement, j'envoie un autre message à une copine étudiante du département d'Éducation physique qui m'explique que le Sports Meet est une gigantesque olympiade où tous les départements de l'Université compétitionnent dans différents évènements d'athlétisme. ''There is even a really big opening ceremony!''. Incroyable! Croyant peut-être avoir encore la chance de participer à une course, j'appelle mon patron qui m'informe que malheureusement il n'y aura pas de compétition pour les profs... bon, ils ont sûrement eu peur après la dernière fois... J'irai tout de même encourager mes étudiants.

Ayant déjà planifié un voyage à Xi'an, je devais normalement manquer la plupart des évènements, mais après une attaque de rhume des foins titanesque, je me vois dans l'obligation de rester à la maison pour soigner ma ''meuhladie'' débilitante.

Jeudi matin, je rejoins donc Becky près du Stade où nous prenons place avec tous les 20 000 étudiants de l'Université dans les gradins. S'il y a bien quelque chose que les Chinois savent faire, c'est les cérémonies! De gros ballons publicitaires ont été accrochés sur des banderoles rouges et différentes décorations donnent un air festif à notre gros stade en béton. Mon étudiante me sort tout de suite une feuille de papier journal pour que mon derrière ait de la lecture lors de l'évènement et nous attendons le début de la cérémonie. Au son de l'hymne national chinois qui joue en boucle, les différents départements font leur entrée sur le terrain au rythme des applaudissements des étudiants. Le dernier contingent à arriver, le département d'Éducation physique, est le mieux accueilli malgré leur tenue ''tout en noir'' qui donne l'impression qu'ils sont les ''méchants'' de la compétition. Les étudiants se lèvent ensuite d'un seul coup pour chanter leur hymne et malgré le fait qu'ils le connaissent tous par coeur, ça ne chante pas fort! Allez, un peu de fierté les jeunes!!  

 
Par la suite, c'est le moment de la grande ouverture, où après un discours... qui devait être bien touchant, je n'en ai aucune idée... du président de l'école des centaines de ballons sont libérés dans les airs et plusieurs feux d'artifice pétaradent au loin. Puis c'est le moment des différentes performances. Depuis maintenant quelques semaines, je vois les étudiants du département de musique pratiquer une danse avec des éventails devant le bâtiment où j'enseigne alors je devrais maintenant avoir droit à la performance complète, sans devoir l'observer par la fenêtre en me faisant déranger par les présentations des étudiants... je blague! Pourtant, ce n'est pas les danseurs qui ouvrent le bal, mais bien 4 gros dragons chinois et deux tigres qui entrent sur le terrain au rythme des tambours. Je ne sais pas quels étudiants exactement font le ''devant'' et le ''derrière'' des tigres, mais c'est vraiment impressionnant! Ils sautent l'un par-dessus l'autre, roulent sur le sol, font des pirouettes... Le pauvre gars qui est penché à l'arrière, le visage dans les fesses de l'autre, doit tenir la pause du pantin Robaxacet (avant qu'on lui enlève l'épingle!) pendant une bonne vingtaine de minutes!

Arrive ensuite le Kung-fu! 6 jeunes hommes traversent le terrain en faisant des saltos-arrières et terminent tout ça avec une impossible ''split'' face au Président de l'École. Ils se mettent ensuite à participer à un combat imaginaire et se tapochent avec différentes armes. D'après ce que j'ai compris, il n'y a pas beaucoup d'étudiants qui choisissent le Kung-fu comme spécialisation, mais ceux qui le font sont vraiment excellents! J'ai la mâchoire grande ouverte... si seulement mes étudiants pouvaient faire l'équivalent dans leur apprentissage de l'anglais!!

Alors que les jeunes du Kung-fu ramassent leur équipement, les danseurs avec éventails arrivent et font leur performance. Comme plusieurs choses en Chine, si une seule personne le faisait, ça serait plate à mort, mais quand on demande à 100 personnes de se dandiner en même temps, c'est impressionnant!

Les danseurs sont suivis par une démonstration de Tae-Kwon-do et un cassage de planche par une cinquantaine d'étudiants! L'enseignant termine la présentation avec son meilleur étudiant qui, par un seul coup de pied sur une dizaine de planches, doit produire assez de baguettes chinoises pour fournir la cafétéria pendant une semaine. Ahhhhh - Ya!

C'est ensuite au tour de la danse sociale où une quarantaine de couples viennent faire une valse au milieu des restants de planches! Tout un défi! Finalement, quelques meneuses de claques terminent le spectacle avant le début des compétitions.

Le lendemain après-midi, je retourne regarder les évènements et arrive juste au bon moment pour voir le 5000m ou les 12 tours 1/2 autour de la piste de course... pauvres étudiants, ça doit être plate à mort de tourner en rond pendant une vingtaine de minutes en se suivant à la queue-leu-leu! Les étudiants du département d'éducation physique compétitionnent dans une catégorie à part et c'est avec plaisir que nous encourageons notre ami Mike dans la course. Malheureusement pour lui, c'est un champion de Kung-fu alors il déplace sa masse musculaire impressionnante avec beaucoup plus de difficulté que les autres étudiants-bambou. Même pas au milieu du premier tour, il est bien à l'arrière du groupe où il décide plutôt de faire du social avec les autres coureurs (probablement en anglais, c'est un fanatique) et passe son temps à nous faire des beuh-bye lorsqu'il court devant l'estrade. ''FOCUS Mike, FOCUS!!''. Il termine tout de même la course avec fierté... pour ensuite courir jusqu'au prochain évènement où il s'est inscrit. Mike est sans contredit l'étudiant qui a le plus d'énergie de toute l'Université. Il s'est enseigné lui-même l'anglais et se parle couramment lorsqu'il conduit son vélo à travers le campus... Comme quoi ça fonctionne, car il est bien meilleur que tous mes étudiants sans jamais avoir suivi un seul cours d'anglais!


Finalement, c'est la course à relais 4X100 m où les étudiants du département d'anglais se font écraser par tous... même les nerds du département d'informatique! Notre excuse officielle? ''Oh, we don't have a lot of boys....''. La journée se termine par la cérémonie de fermeture où j'agis comme enseignante officielle du Département, prenant place au sein des étudiants devant l'estrade pour écouter le discours de fermeture.


Selon mes étudiants, cette Olympiade aura été la plus belle des dernières années (bien évidemment, j'y étais! ha!) et personnellement, je crois que c'est un moyen bien spécial d'encourager la jeunesse à bouger et d'avoir un peu de fierté pour son Département! Foreign language Department, JIA YOU!!! (Let's go!)

Sunday, April 24, 2011

NOBODY was Kung-fu fighting - Luoyang 2

''Twiiitt... Twiiiitt... Twiiiit.... Ahhhhhh YA! (réveil accompagné d'un mouvement de karaté dans l'air qui assomme bien évidemment 3-4 ninjas imaginaires d'un seul coup!)''. Aujourd'hui, je suis finalement arrivée au moment tant attendu de la visite du temple Shaolin. ''Est-ce qu'il va y avoir des scènes de batailles doublées en anglais? Un maître sage avec une longue barbiche? Des gens qui se tiennent debout sur des arbres?...''. L'excitation est à son comble. Tellement que seulement quelques minutes après notre réveil, je suis assise avec Naïk devant un déjeuner de champion (comme dans champion qui manque le déjeuner avec son exercice... YARK!!) sirotant le café qui est à peu près la seule partie comestible de notre repas. Malheureusement pour nous (moi et Ben... mais surtout moi), Naïk ne peut pas nous accompagner pour la visite du temple, car elle a déjà des arrangements avec quelqu'un de très spécial... (aka. Dieu). Le temple étant à une bonne heure et demie de route de Luoyang, nous décidons de nous séparer et pendant que nous irons au Kung-Fu, Naïk pourra visiter l'exposition de pivoines et nous retrouver avant le départ. Entre deux bouchés de toast et seulement 3-4 minutes avant le départ de notre tour, un Ben très très endormi débarque dans le restaurant les cheveux du style ''Brosse à toilette'' et portant visiblement le même gilet que la veille (et je vous parierais aussi un petit 10 sur les mêmes caleçons... je n'ai pas vérifié). Il commence alors à m'expliquer que ''je ne veux même pas savoir ce qu'il a fait la veille (en effet!)'', ''qu'il n'a dormi que 30 minutes (Non?!?!? Mais tu as l'air frais comme une pivoine!)'', ''et où est le serveur pour commander?''. Je lui refile généreusement le reste de mes toasts et dès que Naïk nous quitte pour aller à l'église (Nooooooooooooooooooooooooooooon), il attaque aussi ce qui reste dans son assiette. C'est qu'on peut aller assez loin quand on est trop cheap pour s'acheter à manger! Une chance que le serveur avait desservi les autres tables, qui sait jusqu'où il serait allé!

*Avertissement: Le voyage au Temple Shaolin se trouve au sommet du palmarès des pires excursions de mon voyage en Chine alors si vous n'êtes pas prêt à lire un récit d'horreur où j'ai carrément ''pété un cable'', je vous conseille d'aller sur google et faire une recherche de photos de pivoines... c'est relaxant les fleurs!  

 Malheureusement, le guide touristique a quelques minutes de retard et lorsqu'il se pointe finalement à l'auberge nous découvrons que plutôt que d'être dans un méga-bus, nous partagerons une minivan avec un autre couple de Chinois. Personnellement, je pense que ça commence très bien. Notre chauffeur emprunte plusieurs petites routes de campagnes et après un parcours des plus sinueux qui force Ben à regarder le tapis de la van avec intensité (''Et tu es moumoune, EN PLUS!!!'') nous arrivons au temple Shaolin.

Nous nous mélangeons aussitôt au groupe de touristes chinois avec qui nous passerons la journée et découvrons que notre guide ne parle que cinq mots d'anglais: ''I do not speak English''. Nous le suivons rapidement vers l'entrée du Temple où il nous encourage à utiliser les salles de bains avant la visite. La vessie pleine de mon café matinal, je cours rapidement vers les installations pour découvrir un bouchon de circulation monstre.... et qui bouge, en plus! C'est que les petites madames qui attendent pour faire pipi ne peuvent le faire sagement, elle doivent pousser et bousculer pour se rendre le plus proche possible des cabinets. M'imaginant dans un Rave, je me dandine dans le tas et à force de sauter sur place, me retrouve au devant de la ligne. Ma persévérance porte fruit alors que je refais la même danse pour ressortir sous l'oeil accusateur des femmes qui n'ont toujours pas bougé. Ah!

Le groupe se reforme et notre guide nous avertis que nous sommes un peu en retard alors nous pouvons visiter seul le site et se rejoindre à la grande statue pour 13h. Mais... ce n'est que 2h de visite, nous devions en avoir 3! Zut, le site est vraiment immense alors nous suivons tout de même le jeune homme dans la mer de visiteurs. Arrivant devant une grande scène extérieure, il nous annonce que c'est le ''Kung-fu show'' et dès que nous pouvons finalement apercevoir les jeunes moines Shaolin, un des étudiants dans sa superbe tenue orange frappe le Gong et c'est terminé... 15 secondes de ''Kung-fu show''. Complètement abasourdi, je regarde Ben avec la face d'un enfant qui vient de se faire dire que le Père Noël, Harry Potter, Jésus, la Fée des dents et Justin Bieber étaient sur scène il y a quelques minutes mais ''qu'ils viennent juste de partir. Tu les as manqués par 15 secondes!''. Quelle arnaque! Nous courons vers le guide pour savoir quelle autre partie du programme il a l'intention de nous faire manquer et décidons plutôt de partir de notre propre côté. Avec notre pas rapide, nous arrivons à battre la foule jusqu'au vrai Temple Shaolin (la partie religieuse, pas Kung-Fu) et sommes physiquement arrêtés par un mur compact de Chinois suants (l'histoire de ma vie on dirait bien!) qui veulent tous entrer dans le petit cadre de porte. Ça se pousse tellement que les gens glissent sur les parois à côté des marches et ça se tire par le chapeau pour avancer. Je fais mes prises de Kung-fu et nous battons (littéralement, coups sous la ceinture inclus) la foule jusqu'à l'entrée où un moine Shaolin prend notre billet et méprenant Ben pour mon petit-copain, lui fait un clin d'oeil en hochant dans ma direction l'air de dire: ''Yikes, c'est qu'elle a de l'énergie ta petite dame!?!''. Mon gars, tu n'as aucune idée. Des foules de Chinois, j'en mange au petit-déjeuner!

Dans une scène typiquement chinoise, le Temple n'est rien d'autre... qu'un Temple et 10 minutes à l'intérieur est bien suffisants pour décider que nous pouvons soit devenir bouddhiste et prier un bon coup ou soit se casser et laisser la place à des gens qui veulent vraiment se recueillir. Ce sera l'option 2. Fait surprenant, partout dans l'enceinte du temple, les jeunes étudiants de l'école Shaolin vendent toutes sortes de souvenirs médicinaux aux touristes, vantant probablement les vertus ''anti-courbatures'' de leurs produits! ''Regarde, hier je me suis cassé un deux-par-quatre sur la tête, mais avec ce baume, il n'y a même pas de marque!''. Nous continuons notre chemin vers la forêt de Pagodes où plusieurs de ces structures traditionnelles se retrouvent dans le même secteur, créant littéralement un amas rappelant les bois. Nous prenons quelques photos et tentons de déchiffrer la signification des statues pour abandonner aussitôt alors que notre attention est retenue par un gros chameau qui se tient de l'autre côté de la rue... En effet, un couple permet aux touristes de se faire poser pour 20 Yuan sur le dos de la bête. Très franchement, dans cette chaleur, c'est moi que vous devriez payer pour que je m'approche à moins de 5 mètres de la pauvre bête!  

Nous prenons un moment pour regarder notre montre et il ne nous reste qu'une heure pour terminer la visite et retourner au point de rencontre. Ce qui est époustouflant du Temple Shaolin, c'est qu'il est situé au milieu des montages et que la visite ne serait être complète sans une visite de SongShan. Malheureusement pour nous, nous n'avons pas le temps d'y aller, alors c'est avec regrets que nous retraçons nos pas vers l'entrée. Notre dernière visite est le bâtiment qui héberge les étudiants et leur centre d'entraînement extérieur où une piste à obstacles rudimentaire attire les touristes. Suivant subtilement les jeunes hommes chauves vêtus de bleu, j'arrive à jeter un coup d'oeil à leur dortoir où ils doivent bien partager une chambre avec au moins 12 autres étudiants. C'est impressionnant de voir les jeunes adeptes de tous âges (aussi jeune que 4 ans...) dans leur tenue de Kung-Fu se promener sur le terrain, mais dès qu'ils sont à l'abris des regards des touristes, ils en profitent aussitôt pour faire la course et agir comme des enfants. Alors que je regarde les jeunes s'amuser, je ne remarque pas que MON ''nourisson'' est en train de se faire la valise sans moi et lorsque je me retourne pour trouver Ben, qui est nulle part. Je reste plantée au même endroit comme une mère au centre d'achat pendant une bonne dizaine de minutes, et je commence un peu à paniquer. Le site est très grand et ce n'est pas comme s'il pouvait demander quoi que ce soit en mandarin! Je me dis qu'il doit être retourné au point de rencontre et qu'il me cherchera là-bas alors je me dépêche d'y aller. Comme de fait, il est planté là, les mains dans les poches et me lance de manière nonchalante ''Where've you been?''. Ohhhhhh

Sans grande cérémonie, nous quittons aussitôt le site pour aller manger notre lunch et le guide nous empile tous dans un gros autobus Voyageur. Dommage pour lui, il a très certainement oublié son boulier parce qu'un autobus plein + 4 autres touristes d'une minivan, ça fait trop de monde pour le nombre de sièges! Sans trop penser, Ben et moi prenons place sur deux sièges libres derrière le couple qui nous accompagnait dans la minivan et attendons le départ. Quelques secondes plus tard, un petit monsieur frustré commence à nous engueuler pour qu'on lui redonne son siège et alors que je tente de traduire ''Qui va à la chasse, perd sa place'' en mandarin, Ben regarde la femme du couple et l'implore d'expliquer en chinois qu'il n'y a pas assez de sièges... et du coup, pourquoi est-ce que personne ne les a engueulés, EUX? Bien sûr, nous allions leur laisser les sièges pour le long trajet, mais jusqu'au restaurant, ça ne peut pas attendre, vraiment? Tous les occupants de l'autobus nous regardent et nous sommes automatiquement désignés comme les ''méchants'' alors lorsque le guide nous demande de rejoindre la minivan qui s'est finalement pointée, nous quittons l'autobus au son des insultes du reste du groupe... gé  ni  al.  

Le restaurant est une grande bâtisse à deux étages où les touristes sont invités à entrer par une boutique vendant des bijoux de Jade. Notre guide, toujours aussi pressé, nous pousse jusqu'au sous-sol où nous attendent 3 grande tables pour 10 personnes. Étrangement, lorsque nous sommes finalement assis autour de la table personne ne veut s'asseoir avec nous. C'est tellement pathétique que le guide doit intervenir pour obliger des couples à partager notre repas. Aussitôt dit, aussitôt fait, lorsqu'il y a 10 personnes autour de la table, les serveurs ''pitchent'' les différents plats sur la plaque tournante et tout le monde attaque le repas. Par un bon hasard, ma compagne de gauche est une très gentille femme qui, après une courte conversation en mandarin, décide qu'elle nous aime bien. Elle m'incite donc à reprendre de chacun des plats 3-4 fois et va même jusqu'à remplir mon bol de riz. Voyant qu'une des leurs a réussi à amadouer les animaux sauvages, les autres occupants de la table entreprennent aussi le dialogue et le repas devient plus agréable. Je prends un instant pour regarder autour de nous et vois que dans le petit sous-sol du restaurant, il y a environ 15 tables pouvant toutes accueillir 10 personnes et elles se remplissent et se vident à la vitesse de l'éclair. Ce n'est donc pas étonnant lorsque chacun des touristes de notre table, au moment exact où le dernier grain de riz de leur bol a été consommé, se lève sans cérémonie et quitte le groupe. Ce n'est pas comme s'ils jasaient de toute façon! Le restaurant est une véritable usine où dans l'espace de 15 minutes, 30 touristes peuvent bourrer leur estomac et être sur le pas de la porte prêt à reprendre l'autobus. Ben, qui mange encore, se demande bien ce qui est si pressant et ce n'est que lorsque notre guide vient nous chercher par le bras ''Ok, quick, we go'', que nous quittons la table.

Le chauffeur irrité de notre retard nous pousse jusqu'au véhicule où nous attendons sagement l'autre couple qui prend son temps dans la boutique... Tiens donc, personne ne les brusque EUX! De retour dans la van, nous embarquons deux jeunes filles qui sont les guides pour la prochaine partie du tour et l'habitacle qui était jusqu'à présent bien tranquille, devient rapidement bruyant et étroit. J'ai bien envie de leur dire: ''Chop, Chop, il est 13h. C'est le temps du dodo!'' mais ils sont trop occupés à se crier par la tête. Je regarde le paysage surprenant de la campagne de Luoyang qui a été visiblement creusée par l'homme. Des paliers se suivent à intervalles à flanc de montagne et il est même possible d'apercevoir différentes grottes naturelles. Et dire qu'à seulement 3h de route, le paysage de Shangqiu est complètement plat, c'est incroyable.

Pour Ben et moi, notre journée de visite est normalement terminée et le chauffeur devrait nous raccompagner directement à l'auberge pour que nous ayons le temps de prendre notre train du soir. Mais ce n'est pas le plan. Nous sommes de nouveau escortés (et par là, je veux dire, main sur le bras... tu n'as pas le choix) dans une autre boutique de Jade où nous faisons 3-4 pas sans intérêt avant de retourner au véhicule. Nous attendons alors le gros autobus et en discutant avec le conducteur, il m'explique que nous irons avant aux Longmen Grotto. Euh...non! Ça ne fait pas partie du plan et il n'est pas question de nous faire trimballer encore sur la route sachant très bien que l'heure de pointe approche et que nous n'avons pas de temps à perdre. La minute où le guide pose le pied en dehors de l'autobus pour laisser les touristes sortir pour magasiner, je l'attaque avec mes questions, auxquelles il ne répond que par un vague ''yes... yes''. Mais c'est que je le connais ce maudit ''Yes'' là. Ce n'en est pas un qui veut dire, ''oui, nous allons vous aider'', mais plutôt ''oui, ferme ta bouche et retourne t'asseoir gentiment''. Après s'être fait dire que nous allions partir dans 10 minutes, 25 fois, je décide de contacter l'auberge qui s'occupera d'appeler le guide. Ben, aussi utile qu'une cuillère à Cantaloup, ne fait que partager son mécontentement avec moi, plutôt que de parler aussi au guide. Ce qu'il ne comprend pas, c'est qu'ici, même si c'est moi qui parle la langue, mon statut de femme me place juste au-dessus des enfants pour le facteur d'autorité. Je vous épargne alors la quantité incroyable de commentaires racistes, misogynes, xénophobes et simplement cruels que le guide et son équipe lance dans notre direction, ne sachant pas (ou justement, sachant très bien) que je comprends leur langue. Dégoutée au plus haut point, je veux simplement retourner à l'auberge et oublier cette désagréable aventure quand le guide nous pousse de nouveau dans le véhicule et... surprise... conduit vers les Grottes. 

À ce point, je suis bleue, blanche, mauve et prête à ''péter un câble'' monumental alors qu'il nous demande de rejoindre le gros autobus pour le retour en ville. OH...QUE...NON, c'est la minivan qui ira nous reconduire. Re-appel à l'auberge... re-rien pantoute par la réception. Je me mets à engueuler le conducteur dans un mélange d'anglais, de mandarin et de français ne me gênant pas pour en beurrer épais ayant entendu ce qu'il pense de nous de toute façon. Nous avons donc le choix de manquer l'autobus et d'attendre dans une minivan vide ou de prendre place à bord et prier pour que le traffic ne soit pas encore trop congestionné. En arrivant en ville, le guide nous fait sortir de l'autobus et nous met dans un taxi pour ne pas que nous manquions notre train. Too little... too late.

J'entre dans l'auberge comme une tornade alors que Ben s'éclipse pour aller faire je ne sais quoi. J'explique la situation à la réception qui appelle aussitôt la compagnie. Le guide reviendra donc pour négocier avec nous notre remboursement... oui, car il faut le négocier. 30 minutes plus tard, Ben rafraîchit de sa douche a l'audace de me demander ''So, is it fixed yet?''. Il est bien chanceux que je garde mon énergie pour le guide... Arrive alors le gars qui tente d'expliquer en mandarin (pour ne pas que je comprenne) que je suis folle et que nous étions à l'heure, que nous avons vu le Kung-Fu Show, que nous ne sommes pas arrêtés par le magasin de Jade... etc. Sachant très bien que nous pouvons manquer notre train, le guide profite de ce facteur pour ralentir la négociation et après plusieurs minutes de discussion, il nous redonne 100 Yuan (montant absolument ridicule) que je me dois d'accepter, car nous n'avons plus le temps. Ben revient alors de sa deuxième promenade et collecte la moitié du remboursement sans scrupules. Je suis trop gentille.

Quelques minutes plus tard, je raconte nos mésaventures à Naïk en attendant le train alors que Ben cherche l'attention, car nous parlons en français. Le train bondé arrive et par un acte de gentillesse qui ne pourrait mieux tomber pour offrir un peu de rédemption aux Chinois, un homme nous offre son siège pour une bonne partie du voyage et nous arrivons à relaxer un peu. Ce n'est que quelques heures dans le trajet que les veines de mon cou se mettent à rétrécir un peu et que je relâche tranquillement mes poings. Pile au bon moment pour me faire récupérer un peu de bonne humeur, l'homme assis en face de moi s'endort et tombe face première dans le cabaret en métal de la table avec un bruit d'enfer. Je suis tout de suite assaillie par un fou rire incontrôlable qui reviendra me visiter à toutes les quelques minutes du reste du trajet. L'humour c'est vraiment le meilleur remède.

Bon, je comprends qu'en faisant la lecture intégrale de cette journée catastrophique vous devez sûrement vous dire que c'est beaucoup de ''chialage'', mais je tiens aussi à vous expliquer pourquoi je vous raconte tout ça. En fait, j'espère premièrement que les futurs touristes de Luoyang décideront plutôt d'organiser leur propre tour du Temple plutôt que de se faire entourlouper par ces compagnies malhonnêtes. Le traitement que nous avons subit lors de cette visite est fréquent en Chine et il est complètement inacceptable. JAMAIS, vous n'entendrez un guide touristique à Ottawa insulter en français des Chinois simplement ''parce qu'ils ne comprennent pas, donc ils doivent être stupides''. C'est en se défendant un peu et en leur laissant comprendre que leur comportement est dégueulasse que les choses ont peut-être la chance de changer un peu. Du moins, je pense que ce guide va réfléchir deux fois avant d'insulter d'autres touristes étrangers en mandarin... peut-être qu'ils comprennent aussi!

Tuesday, April 19, 2011

Collé, collé - Luoyang 1

La province d'Henan est connue à travers la planète, non pas en raison de son hospitalité ('' Henan où on ne vous envoie pas promener en volant votre porte-feuille!''), de sa beauté naturelle (''Regarde le temple où Confucius est venu passer la nuit quand il s'est perdu en chemin vers Nanjing!'') ou de sa cuisine (''Ai-je vraiment besoin de dire quelque chose? Oui, madame qui fait cuire des foetus de poule, c'est à vous que je m'adresse!''), mais bien parce qu'on y retrouve la ville de Luoyang.

Dans cette petite ville à l'ouest de Zhengzhou, chaque printemps un énorme festival des pivoines est organisé où des touristes de partout à travers (j'aimerais dire le monde, mais nous étions les trois seuls blancs) la Chine, Gatineau (moi), la ville à 152 km de Londres (Ben) et la Bretagne (Naïk), se déplacent pour être témoin de la seule ville chinoise qui sent bon! Pour nous, le but du voyage était plutôt de visiter les grottes Longmen et le temple de Kung-fu Shaolin. Voulant faire une visite rapide de fin de semaine, je suis partie avec Naïk et Ben samedi matin pour prendre un train lent qui nous amènerait à Luoyang pour l'heure du dîner.

En arrivant dans la ville, ma première constatation a été de trouver que c'est drôlement plus pollué que Shangqiu. En même temps, mon unité de mesure (en l'occurrence mon nez) n'était pas 100% fonctionnelle alors que tout le pollen généré par les pivoines a décidé de s'incruster dans mes narines au moment où j'ai posé le pied à l'extérieur du train. ''Atchooouuuu, Atchouuuu'' la nature n'a eu besoin que de quelques secondes pour me réduire en une loque éternuante, larmoyante et morvante. Charmant! Nous avons donc suivi Ben dans la rue pour trouver un taxi vers l'auberge, mais son déficit d'attention sévère a fait, à moins d'embarquer sur le dos d'un écureuil nerveux, que ses mouvements brusques et changements de côtés de rues à toutes les deux secondes étaient loin d'attirer un taxi.

---------------------- Parenthèse ----------------------------------------------------------
Benjamin, 36 ans, fait partie de la nouvelle vague d'enseignants saisonniers de Shangqiu. Avec aucune expérience d'enseignement sous la ceinture et une tendance aiguë à croire que 20 esclaves chinois devraient être mis à sa disposition pour ne pas qu'il ait besoin de commencer, à tenter, à peut-être apprendre un mot de mandarin. L'inviter en voyage avec moi était ma bonne action pour les dix prochaines années. Sérieusement, je n'ai jamais vu personne se plaindre comme ça de toute ma vie et surtout demander autant d'aide pour tout ce qui se trouve entre respirer et faire des transactions bancaires complexes. Après m'avoir poussé au bout de mon rouleau à plusieurs reprises, j'ai décidé de partager avec lui le secret de ma survie en Chine: ''Use your brain Ben!''.
----------------------Fin de la parenthèse-------------------------------------------------

Donc.... Tel un enfant impatient de deux ans assis devant la télé qui ne peut attendre 30 secondes que Big Bird finisse sa chanson, Ben nous bombardait de bonnes idées pour trouver un taxi: ''Should we walk there instead?'', ''What about across the street?'', ''5 meters away is maybe better'', etc. Généralement, il faut mieux se prendre un coin et attendre qu'un taxi se pointe alors j'ai rejoint Naïk sur le trottoir alors que Ben était plutôt occupé à faire les 100 pas de gauche à droite, de bas en haut, au milieu du trafic... Finalement, nous nous sommes bien rendus à l'auberge où nous avons pris possession de nos chambres. En ayant ras le pompom des dortoirs, Naïk et moi nous sommes payés une petite folie, prenant une chambre simple avec salle de bain plutôt que d'utiliser les installations communes. Par la suite, nous sommes allés au restaurant pour commander un repas rapide avant la visite des grottes.

En nous engouffrant dans le taxi, nous avons bien vite découvert que la ville de Luoyang était complètement inondée de touristes pour le festival et que ça ne serait pas facile de se déplacer. Déjà en arrivant sur le site des grottes, la ligne était incroyable longue pour acheter les billets et avec un petit peu de jeu de coudes, j'ai réussi à me rendre au début de la file pour payer nos droits d'entrée. Les grottes de Longmen sont en fait une très longue paroi rocheuse où ont été sculptées maintes petites cavernes abritant des statues de bouddha de toutes les grandeurs. Il y avait vraisemblablement différents types de divinités représentés, mais comme pour faire la différence entre les Chinois, un oeil aiguisé était requis pour aussi différencier les bouddhas. Après avoir passé le tourniquet, nous nous sommes joints au troupeau et en avançant tel des moutons high-tech avec nous appareils photos, nous avons pris d'assaut le site.

Leçon du jour: Ne jamais sous-estimer une foule chinoise. Je peux franchement vous avouer que je n'ai jamais vu autant de gens dans un même endroit et même si nous étions techniquement au milieu de la nature, j'avais l'impression de me trouver dans un tout petit corridor sans fenêtre et sans portes où une chaleur de mois de juillet pour le Canada ne rendait tout le monde que plus ''glissant'' et odorant. Nous avons donc grimpé le premier escalier en riant, complètement transporté par la masse, mais lorsque nous sommes arrivés au sommet et que nous voulions réellement voir ce qui se trouvait dans chacune des petites cavernes, il fallait changer de technique. C'est que le bloc compact de touriste nous bloquait complètement la vue alors nous avions l'option de reculer et d'observer au-dessus des têtes ou de nous approcher et de se retrouver le visage à deux pouces de la sculpture... aucune de ses options ne nous permettait vraiment de bien voir quoi que ce soit. Le détail de chacune des statues est impressionant et la quantité de travail qui a été consacré à ce lieu historique de la dynastie Tang en vaut le détour, mais je vous conseille peut-être d'y aller un mercredi après-midi entre 1h et 2h30 (sieste chinoise) au mois de décembre. Certains touristes qui sortaient de la visite d'un des parcs de pivoines se promenaient même avec leurs bouquets de fleurs géantes de compétition, frappant sans gêne les autres visiteurs à grand coup de pivoines! Agripant Ben par le gilet et traînant Naïk par le sac à dos, nous formions une chaîne solide d'escalier en escalier, fendant la foule tout en essayant de ne pas faire passer personne par-dessus bord!

Après 1 heure de déplacement coude à coude, nous commencions à en avoir ras le bol de nous faire toucher par tous et chacun et l'option ''shopping'' semblait une bonne alternative à ce massage involontaire de masse. Pour égrainer notre patience encore plus, plusieurs touristes tentaient de se placer directement à nos côtés pour qu'un de leurs amis les prenne en photo avec nous... dans ces cas vaut mieux demander car sinon, vous allez avoir dans votre photo une Andréanne de dos qui brandit un doigt d'honneur! Ben, qui ne comprend vraiment rien à rien, ne voyait pas pourquoi nous ne voulions pas nous faire prendre en photo et même en lui expliquant que c'est une question de politesse, il me reprochait d'être trop sensible. ''How long have you been in China again? One month?? Yeah ok....just wait!''. Par chance que mon amie Naïk, qui a vraiment une patience sans fin, était là pour me tenir compagnie parce que j'aurais probablement 1) brisés quelques appareils photos, 2) levée une mémé à bout de bras au dessus de ma tête comme King Kong, 3) enfoncée une pivoine profondément dans la gorge de Ben.  

À la fin de la journée, je suis partie avec Naïk pour dévaliser les boutiques du site et trouver quelques souvenirs. Plusieurs petites robes chinoises me sont tombées dans l'oeil, mais chaque fois que je tentais d'y glisser mes épaules, sous l'oeil affolé de mon amie et de la vendeuse, ça ne passait pas. Trop de fesses, trop de buste, trop d'épaules... juste trop de tout! Si vous pensez aux shorts de Hulk après sa transformation en gros bonhomme vert, c'est à peu près le même principe. ''Oh wait a minute, I have a bigger size'', me dit la vendeuse alors qu'elle m'apporte une robe XXXL. Juste par principe (et pour mon pauvre ego), j'ai refusé. Mes petits problèmes de taille ne nous ont quand même pas empêchés de sortir du site les bras pleins et ce n'est qu'en fin de soirée que nous avons rejoint notre auberge pour la nuit. 

Finalement débar... soulagée de la présence de notre autre compagnon de voyage, notre soirée à l'hôtel s'est transformée en un agréable pyjama party où j'ai discuté avec Naïk jusqu'à tard dans la nuit. C'est que ça fait quand même plaisir de pouvoir parler en français, une fois de temps en temps.

Tout en m'endormant tranquillement, je me préparais mentalement à passer la journée suivante avec Ben à visiter le temple Shaolin, lieu de prédilection pour les adeptes du Kung-fu et plus célèbre école d'arts martiaux de la Chine... Peut-être même que j'allais pouvoir le porter volontaire pour être la ''victime'' lors d'une démonstration!  

Wednesday, April 13, 2011

La clinique

Comme je vous en ai parlé plus tôt, depuis mon arrivée à Shangqiu, j'ai développé une drôle (comme dans surprenante, pas humoristique..) infection occulaire, qui semble revenir chaque fois que j'expérience un peu de stress. Avant mon départ pour Guilin, qui était carrément un voyage à travers la Chine en 4 jours, je me suis levée de nouveau avec mon oeil de zombie. Zuuuuuuuuuuuuuuuut.

J'ai pris quelques pillules et forcés mes étudiants à suivre mes cours dans le noir, mais rien n'y faisait, il fallait que je vois un docteur ou pas de voyage pour moi. En parlant avec Shannon, j'ai découvert qu'il y a une clinique sur le campus pour les étudiants et que je peux aussi la visiter gratuitement. J'ai enfourché mon vélo avec un petit mot en mandarin expliquant: ''Je ne veux pas vous manger le cerveau, c'est une infection occulaire. Donnez-moi de la drogue, s'il-vous-plaît!...''. En entrant dans la pièce, j'ai vu le docteur immédiatement faire une face piteuse de ''Pourquoiiiiiiii moiiiiiiii?? C'est quoi ça encore!''. Pour la décrire en une phrase, l'infirmerie de l'école est une petite salle avec quelques lits et un docteur qui administre des diagnostiques à la vitesse de la lumière. Par la suite, on fait un pas vers la gauche et commande nos médicaments (qui semblent être les mêmes pour tous!) à une petite fenêtre dans le mur. Je m'approche donc du docteur et lui tend mon petit mot alors qu'il regarde avec détresse les infirmières. C'est que dans tout ça, la différence entre un étudiant qui reçoit les mauvaises pillules et un enseignant étranger, c'est que l'étudiant se dira probablement que c'est la faute de la température, sa diète, l'allignement des astres... il ne blâmera jamais le ''profesionnel'' (diplôme de 4 ans... ah tiens donc, moi aussi j'en ai un!) alors que dans mon cas, je le poursuivrai probablement avec mon oeil infecté à travers le campus pour lui donner ma ''meuhladie''.

Bref, le docteur s'approche de mon visage en faisant une belle grimace de ''Yark, t'es donc ben dégueu!''. Et moi qui pensais que les docteurs gardent un visage de glace même devant un type qui a une troisième main dans le front! Il sort d'un même geste sa grosse lampe de poche de crise du verglas de Canadian Tire et me pointe la phare dans le visage. Si ma pupille ne rétrécit pas après ça, vaut mieux juste carrément m'amputer l'oeil... Il me pose ensuite quelques questions en mandarin auxquelles j'arrive à répondre avec un habile mime. (Sérieusement dès mon retour au Canada, je m'inscris dans une ligue!) Finalement, j'ai ma prescription et la pharmacienne me donne 3 types de pillules, des gouttes et de la crème! Alors qu'elle m'explique la posologie, je la fais ralentir pour éclaircir quelques points:

(en mandarin)
- Alors c'est une pillule TROIS fois par jours?
- Ok
- Ou TROIS pillules, une fois par jour?
- Ok
- .... et la crème, je la mets dans l'oeil? sur l'oeil? sur la paupière? autour de mon coude? je la mange?
- ok, eye.

Avec toute cette information pertinente, j'espère seulement qu'il n'y a pas de sulfa dans ces pillules parce LÀ, avec mon allergie, j'aurais vraiment un problème. Le docteur m'arrête alors que je marche vers la sortir pour me redonner l'information.

(en mandarin)
- Two, three, one...
- Euh??

Je lui tends le tube de crème et il gesticule vaguement vers son oeil alors que je me touche toutes les parties du corps en espèrant qu'il allume et me dise ''Dui! Dui! - Oui! Oui!''. Aucune réaction.

Je sors de la clinique perplexe. De cette visite j'ai appris que parfois, c'est carrément mieux de ne pas tenter de parler avec eux dans leur langue, car ça ne fait que les confondre encore plus. Par le temps qu'ils reviennent du choc que des mots chinois sortent de ma grosse bouche bizarre pleine de dents blanches, ils n'ont rien écouté, ma phrase est terminée depuis 10 minutes et je les regarde d'un air de dire ''l'oeuf ou l'enveloppe?''. Plus jamais je ne rirai de la publicité de Pharmaprix où la touriste canadienne essai de faire comprendre au pharmacien mexicain que son compagnon à la tourista... plus jamais.