Wednesday, April 27, 2011

Jeux Olympiques 2011

''Next Thursday and Friday you are not teaching. It's the Sports Meet.'', m'informe mon patron par un message texte alors que je reviens de Luoyang. Bien excitée de cette nouvelle, je contacte tout de suite Shannon pour lui faire part de la ''Best News Ever'' à quoi elle me répond ''No dude, it totally sucks we are missing class...''. Hum.... Oui, ok, je comprends qu'il faut être un prof dédié et tout, mais déjà que nous travaillons les soirs et fins de semaine et participons à différents évènements chaque week-end, personne ne m'empêchera d'être contente quand ON MANQUE L'ÉCOLE!!

L'excitation laissant place au questionnement, j'envoie un autre message à une copine étudiante du département d'Éducation physique qui m'explique que le Sports Meet est une gigantesque olympiade où tous les départements de l'Université compétitionnent dans différents évènements d'athlétisme. ''There is even a really big opening ceremony!''. Incroyable! Croyant peut-être avoir encore la chance de participer à une course, j'appelle mon patron qui m'informe que malheureusement il n'y aura pas de compétition pour les profs... bon, ils ont sûrement eu peur après la dernière fois... J'irai tout de même encourager mes étudiants.

Ayant déjà planifié un voyage à Xi'an, je devais normalement manquer la plupart des évènements, mais après une attaque de rhume des foins titanesque, je me vois dans l'obligation de rester à la maison pour soigner ma ''meuhladie'' débilitante.

Jeudi matin, je rejoins donc Becky près du Stade où nous prenons place avec tous les 20 000 étudiants de l'Université dans les gradins. S'il y a bien quelque chose que les Chinois savent faire, c'est les cérémonies! De gros ballons publicitaires ont été accrochés sur des banderoles rouges et différentes décorations donnent un air festif à notre gros stade en béton. Mon étudiante me sort tout de suite une feuille de papier journal pour que mon derrière ait de la lecture lors de l'évènement et nous attendons le début de la cérémonie. Au son de l'hymne national chinois qui joue en boucle, les différents départements font leur entrée sur le terrain au rythme des applaudissements des étudiants. Le dernier contingent à arriver, le département d'Éducation physique, est le mieux accueilli malgré leur tenue ''tout en noir'' qui donne l'impression qu'ils sont les ''méchants'' de la compétition. Les étudiants se lèvent ensuite d'un seul coup pour chanter leur hymne et malgré le fait qu'ils le connaissent tous par coeur, ça ne chante pas fort! Allez, un peu de fierté les jeunes!!  

 
Par la suite, c'est le moment de la grande ouverture, où après un discours... qui devait être bien touchant, je n'en ai aucune idée... du président de l'école des centaines de ballons sont libérés dans les airs et plusieurs feux d'artifice pétaradent au loin. Puis c'est le moment des différentes performances. Depuis maintenant quelques semaines, je vois les étudiants du département de musique pratiquer une danse avec des éventails devant le bâtiment où j'enseigne alors je devrais maintenant avoir droit à la performance complète, sans devoir l'observer par la fenêtre en me faisant déranger par les présentations des étudiants... je blague! Pourtant, ce n'est pas les danseurs qui ouvrent le bal, mais bien 4 gros dragons chinois et deux tigres qui entrent sur le terrain au rythme des tambours. Je ne sais pas quels étudiants exactement font le ''devant'' et le ''derrière'' des tigres, mais c'est vraiment impressionnant! Ils sautent l'un par-dessus l'autre, roulent sur le sol, font des pirouettes... Le pauvre gars qui est penché à l'arrière, le visage dans les fesses de l'autre, doit tenir la pause du pantin Robaxacet (avant qu'on lui enlève l'épingle!) pendant une bonne vingtaine de minutes!

Arrive ensuite le Kung-fu! 6 jeunes hommes traversent le terrain en faisant des saltos-arrières et terminent tout ça avec une impossible ''split'' face au Président de l'École. Ils se mettent ensuite à participer à un combat imaginaire et se tapochent avec différentes armes. D'après ce que j'ai compris, il n'y a pas beaucoup d'étudiants qui choisissent le Kung-fu comme spécialisation, mais ceux qui le font sont vraiment excellents! J'ai la mâchoire grande ouverte... si seulement mes étudiants pouvaient faire l'équivalent dans leur apprentissage de l'anglais!!

Alors que les jeunes du Kung-fu ramassent leur équipement, les danseurs avec éventails arrivent et font leur performance. Comme plusieurs choses en Chine, si une seule personne le faisait, ça serait plate à mort, mais quand on demande à 100 personnes de se dandiner en même temps, c'est impressionnant!

Les danseurs sont suivis par une démonstration de Tae-Kwon-do et un cassage de planche par une cinquantaine d'étudiants! L'enseignant termine la présentation avec son meilleur étudiant qui, par un seul coup de pied sur une dizaine de planches, doit produire assez de baguettes chinoises pour fournir la cafétéria pendant une semaine. Ahhhhh - Ya!

C'est ensuite au tour de la danse sociale où une quarantaine de couples viennent faire une valse au milieu des restants de planches! Tout un défi! Finalement, quelques meneuses de claques terminent le spectacle avant le début des compétitions.

Le lendemain après-midi, je retourne regarder les évènements et arrive juste au bon moment pour voir le 5000m ou les 12 tours 1/2 autour de la piste de course... pauvres étudiants, ça doit être plate à mort de tourner en rond pendant une vingtaine de minutes en se suivant à la queue-leu-leu! Les étudiants du département d'éducation physique compétitionnent dans une catégorie à part et c'est avec plaisir que nous encourageons notre ami Mike dans la course. Malheureusement pour lui, c'est un champion de Kung-fu alors il déplace sa masse musculaire impressionnante avec beaucoup plus de difficulté que les autres étudiants-bambou. Même pas au milieu du premier tour, il est bien à l'arrière du groupe où il décide plutôt de faire du social avec les autres coureurs (probablement en anglais, c'est un fanatique) et passe son temps à nous faire des beuh-bye lorsqu'il court devant l'estrade. ''FOCUS Mike, FOCUS!!''. Il termine tout de même la course avec fierté... pour ensuite courir jusqu'au prochain évènement où il s'est inscrit. Mike est sans contredit l'étudiant qui a le plus d'énergie de toute l'Université. Il s'est enseigné lui-même l'anglais et se parle couramment lorsqu'il conduit son vélo à travers le campus... Comme quoi ça fonctionne, car il est bien meilleur que tous mes étudiants sans jamais avoir suivi un seul cours d'anglais!


Finalement, c'est la course à relais 4X100 m où les étudiants du département d'anglais se font écraser par tous... même les nerds du département d'informatique! Notre excuse officielle? ''Oh, we don't have a lot of boys....''. La journée se termine par la cérémonie de fermeture où j'agis comme enseignante officielle du Département, prenant place au sein des étudiants devant l'estrade pour écouter le discours de fermeture.


Selon mes étudiants, cette Olympiade aura été la plus belle des dernières années (bien évidemment, j'y étais! ha!) et personnellement, je crois que c'est un moyen bien spécial d'encourager la jeunesse à bouger et d'avoir un peu de fierté pour son Département! Foreign language Department, JIA YOU!!! (Let's go!)

Sunday, April 24, 2011

NOBODY was Kung-fu fighting - Luoyang 2

''Twiiitt... Twiiiitt... Twiiiit.... Ahhhhhh YA! (réveil accompagné d'un mouvement de karaté dans l'air qui assomme bien évidemment 3-4 ninjas imaginaires d'un seul coup!)''. Aujourd'hui, je suis finalement arrivée au moment tant attendu de la visite du temple Shaolin. ''Est-ce qu'il va y avoir des scènes de batailles doublées en anglais? Un maître sage avec une longue barbiche? Des gens qui se tiennent debout sur des arbres?...''. L'excitation est à son comble. Tellement que seulement quelques minutes après notre réveil, je suis assise avec Naïk devant un déjeuner de champion (comme dans champion qui manque le déjeuner avec son exercice... YARK!!) sirotant le café qui est à peu près la seule partie comestible de notre repas. Malheureusement pour nous (moi et Ben... mais surtout moi), Naïk ne peut pas nous accompagner pour la visite du temple, car elle a déjà des arrangements avec quelqu'un de très spécial... (aka. Dieu). Le temple étant à une bonne heure et demie de route de Luoyang, nous décidons de nous séparer et pendant que nous irons au Kung-Fu, Naïk pourra visiter l'exposition de pivoines et nous retrouver avant le départ. Entre deux bouchés de toast et seulement 3-4 minutes avant le départ de notre tour, un Ben très très endormi débarque dans le restaurant les cheveux du style ''Brosse à toilette'' et portant visiblement le même gilet que la veille (et je vous parierais aussi un petit 10 sur les mêmes caleçons... je n'ai pas vérifié). Il commence alors à m'expliquer que ''je ne veux même pas savoir ce qu'il a fait la veille (en effet!)'', ''qu'il n'a dormi que 30 minutes (Non?!?!? Mais tu as l'air frais comme une pivoine!)'', ''et où est le serveur pour commander?''. Je lui refile généreusement le reste de mes toasts et dès que Naïk nous quitte pour aller à l'église (Nooooooooooooooooooooooooooooon), il attaque aussi ce qui reste dans son assiette. C'est qu'on peut aller assez loin quand on est trop cheap pour s'acheter à manger! Une chance que le serveur avait desservi les autres tables, qui sait jusqu'où il serait allé!

*Avertissement: Le voyage au Temple Shaolin se trouve au sommet du palmarès des pires excursions de mon voyage en Chine alors si vous n'êtes pas prêt à lire un récit d'horreur où j'ai carrément ''pété un cable'', je vous conseille d'aller sur google et faire une recherche de photos de pivoines... c'est relaxant les fleurs!  

 Malheureusement, le guide touristique a quelques minutes de retard et lorsqu'il se pointe finalement à l'auberge nous découvrons que plutôt que d'être dans un méga-bus, nous partagerons une minivan avec un autre couple de Chinois. Personnellement, je pense que ça commence très bien. Notre chauffeur emprunte plusieurs petites routes de campagnes et après un parcours des plus sinueux qui force Ben à regarder le tapis de la van avec intensité (''Et tu es moumoune, EN PLUS!!!'') nous arrivons au temple Shaolin.

Nous nous mélangeons aussitôt au groupe de touristes chinois avec qui nous passerons la journée et découvrons que notre guide ne parle que cinq mots d'anglais: ''I do not speak English''. Nous le suivons rapidement vers l'entrée du Temple où il nous encourage à utiliser les salles de bains avant la visite. La vessie pleine de mon café matinal, je cours rapidement vers les installations pour découvrir un bouchon de circulation monstre.... et qui bouge, en plus! C'est que les petites madames qui attendent pour faire pipi ne peuvent le faire sagement, elle doivent pousser et bousculer pour se rendre le plus proche possible des cabinets. M'imaginant dans un Rave, je me dandine dans le tas et à force de sauter sur place, me retrouve au devant de la ligne. Ma persévérance porte fruit alors que je refais la même danse pour ressortir sous l'oeil accusateur des femmes qui n'ont toujours pas bougé. Ah!

Le groupe se reforme et notre guide nous avertis que nous sommes un peu en retard alors nous pouvons visiter seul le site et se rejoindre à la grande statue pour 13h. Mais... ce n'est que 2h de visite, nous devions en avoir 3! Zut, le site est vraiment immense alors nous suivons tout de même le jeune homme dans la mer de visiteurs. Arrivant devant une grande scène extérieure, il nous annonce que c'est le ''Kung-fu show'' et dès que nous pouvons finalement apercevoir les jeunes moines Shaolin, un des étudiants dans sa superbe tenue orange frappe le Gong et c'est terminé... 15 secondes de ''Kung-fu show''. Complètement abasourdi, je regarde Ben avec la face d'un enfant qui vient de se faire dire que le Père Noël, Harry Potter, Jésus, la Fée des dents et Justin Bieber étaient sur scène il y a quelques minutes mais ''qu'ils viennent juste de partir. Tu les as manqués par 15 secondes!''. Quelle arnaque! Nous courons vers le guide pour savoir quelle autre partie du programme il a l'intention de nous faire manquer et décidons plutôt de partir de notre propre côté. Avec notre pas rapide, nous arrivons à battre la foule jusqu'au vrai Temple Shaolin (la partie religieuse, pas Kung-Fu) et sommes physiquement arrêtés par un mur compact de Chinois suants (l'histoire de ma vie on dirait bien!) qui veulent tous entrer dans le petit cadre de porte. Ça se pousse tellement que les gens glissent sur les parois à côté des marches et ça se tire par le chapeau pour avancer. Je fais mes prises de Kung-fu et nous battons (littéralement, coups sous la ceinture inclus) la foule jusqu'à l'entrée où un moine Shaolin prend notre billet et méprenant Ben pour mon petit-copain, lui fait un clin d'oeil en hochant dans ma direction l'air de dire: ''Yikes, c'est qu'elle a de l'énergie ta petite dame!?!''. Mon gars, tu n'as aucune idée. Des foules de Chinois, j'en mange au petit-déjeuner!

Dans une scène typiquement chinoise, le Temple n'est rien d'autre... qu'un Temple et 10 minutes à l'intérieur est bien suffisants pour décider que nous pouvons soit devenir bouddhiste et prier un bon coup ou soit se casser et laisser la place à des gens qui veulent vraiment se recueillir. Ce sera l'option 2. Fait surprenant, partout dans l'enceinte du temple, les jeunes étudiants de l'école Shaolin vendent toutes sortes de souvenirs médicinaux aux touristes, vantant probablement les vertus ''anti-courbatures'' de leurs produits! ''Regarde, hier je me suis cassé un deux-par-quatre sur la tête, mais avec ce baume, il n'y a même pas de marque!''. Nous continuons notre chemin vers la forêt de Pagodes où plusieurs de ces structures traditionnelles se retrouvent dans le même secteur, créant littéralement un amas rappelant les bois. Nous prenons quelques photos et tentons de déchiffrer la signification des statues pour abandonner aussitôt alors que notre attention est retenue par un gros chameau qui se tient de l'autre côté de la rue... En effet, un couple permet aux touristes de se faire poser pour 20 Yuan sur le dos de la bête. Très franchement, dans cette chaleur, c'est moi que vous devriez payer pour que je m'approche à moins de 5 mètres de la pauvre bête!  

Nous prenons un moment pour regarder notre montre et il ne nous reste qu'une heure pour terminer la visite et retourner au point de rencontre. Ce qui est époustouflant du Temple Shaolin, c'est qu'il est situé au milieu des montages et que la visite ne serait être complète sans une visite de SongShan. Malheureusement pour nous, nous n'avons pas le temps d'y aller, alors c'est avec regrets que nous retraçons nos pas vers l'entrée. Notre dernière visite est le bâtiment qui héberge les étudiants et leur centre d'entraînement extérieur où une piste à obstacles rudimentaire attire les touristes. Suivant subtilement les jeunes hommes chauves vêtus de bleu, j'arrive à jeter un coup d'oeil à leur dortoir où ils doivent bien partager une chambre avec au moins 12 autres étudiants. C'est impressionnant de voir les jeunes adeptes de tous âges (aussi jeune que 4 ans...) dans leur tenue de Kung-Fu se promener sur le terrain, mais dès qu'ils sont à l'abris des regards des touristes, ils en profitent aussitôt pour faire la course et agir comme des enfants. Alors que je regarde les jeunes s'amuser, je ne remarque pas que MON ''nourisson'' est en train de se faire la valise sans moi et lorsque je me retourne pour trouver Ben, qui est nulle part. Je reste plantée au même endroit comme une mère au centre d'achat pendant une bonne dizaine de minutes, et je commence un peu à paniquer. Le site est très grand et ce n'est pas comme s'il pouvait demander quoi que ce soit en mandarin! Je me dis qu'il doit être retourné au point de rencontre et qu'il me cherchera là-bas alors je me dépêche d'y aller. Comme de fait, il est planté là, les mains dans les poches et me lance de manière nonchalante ''Where've you been?''. Ohhhhhh

Sans grande cérémonie, nous quittons aussitôt le site pour aller manger notre lunch et le guide nous empile tous dans un gros autobus Voyageur. Dommage pour lui, il a très certainement oublié son boulier parce qu'un autobus plein + 4 autres touristes d'une minivan, ça fait trop de monde pour le nombre de sièges! Sans trop penser, Ben et moi prenons place sur deux sièges libres derrière le couple qui nous accompagnait dans la minivan et attendons le départ. Quelques secondes plus tard, un petit monsieur frustré commence à nous engueuler pour qu'on lui redonne son siège et alors que je tente de traduire ''Qui va à la chasse, perd sa place'' en mandarin, Ben regarde la femme du couple et l'implore d'expliquer en chinois qu'il n'y a pas assez de sièges... et du coup, pourquoi est-ce que personne ne les a engueulés, EUX? Bien sûr, nous allions leur laisser les sièges pour le long trajet, mais jusqu'au restaurant, ça ne peut pas attendre, vraiment? Tous les occupants de l'autobus nous regardent et nous sommes automatiquement désignés comme les ''méchants'' alors lorsque le guide nous demande de rejoindre la minivan qui s'est finalement pointée, nous quittons l'autobus au son des insultes du reste du groupe... gé  ni  al.  

Le restaurant est une grande bâtisse à deux étages où les touristes sont invités à entrer par une boutique vendant des bijoux de Jade. Notre guide, toujours aussi pressé, nous pousse jusqu'au sous-sol où nous attendent 3 grande tables pour 10 personnes. Étrangement, lorsque nous sommes finalement assis autour de la table personne ne veut s'asseoir avec nous. C'est tellement pathétique que le guide doit intervenir pour obliger des couples à partager notre repas. Aussitôt dit, aussitôt fait, lorsqu'il y a 10 personnes autour de la table, les serveurs ''pitchent'' les différents plats sur la plaque tournante et tout le monde attaque le repas. Par un bon hasard, ma compagne de gauche est une très gentille femme qui, après une courte conversation en mandarin, décide qu'elle nous aime bien. Elle m'incite donc à reprendre de chacun des plats 3-4 fois et va même jusqu'à remplir mon bol de riz. Voyant qu'une des leurs a réussi à amadouer les animaux sauvages, les autres occupants de la table entreprennent aussi le dialogue et le repas devient plus agréable. Je prends un instant pour regarder autour de nous et vois que dans le petit sous-sol du restaurant, il y a environ 15 tables pouvant toutes accueillir 10 personnes et elles se remplissent et se vident à la vitesse de l'éclair. Ce n'est donc pas étonnant lorsque chacun des touristes de notre table, au moment exact où le dernier grain de riz de leur bol a été consommé, se lève sans cérémonie et quitte le groupe. Ce n'est pas comme s'ils jasaient de toute façon! Le restaurant est une véritable usine où dans l'espace de 15 minutes, 30 touristes peuvent bourrer leur estomac et être sur le pas de la porte prêt à reprendre l'autobus. Ben, qui mange encore, se demande bien ce qui est si pressant et ce n'est que lorsque notre guide vient nous chercher par le bras ''Ok, quick, we go'', que nous quittons la table.

Le chauffeur irrité de notre retard nous pousse jusqu'au véhicule où nous attendons sagement l'autre couple qui prend son temps dans la boutique... Tiens donc, personne ne les brusque EUX! De retour dans la van, nous embarquons deux jeunes filles qui sont les guides pour la prochaine partie du tour et l'habitacle qui était jusqu'à présent bien tranquille, devient rapidement bruyant et étroit. J'ai bien envie de leur dire: ''Chop, Chop, il est 13h. C'est le temps du dodo!'' mais ils sont trop occupés à se crier par la tête. Je regarde le paysage surprenant de la campagne de Luoyang qui a été visiblement creusée par l'homme. Des paliers se suivent à intervalles à flanc de montagne et il est même possible d'apercevoir différentes grottes naturelles. Et dire qu'à seulement 3h de route, le paysage de Shangqiu est complètement plat, c'est incroyable.

Pour Ben et moi, notre journée de visite est normalement terminée et le chauffeur devrait nous raccompagner directement à l'auberge pour que nous ayons le temps de prendre notre train du soir. Mais ce n'est pas le plan. Nous sommes de nouveau escortés (et par là, je veux dire, main sur le bras... tu n'as pas le choix) dans une autre boutique de Jade où nous faisons 3-4 pas sans intérêt avant de retourner au véhicule. Nous attendons alors le gros autobus et en discutant avec le conducteur, il m'explique que nous irons avant aux Longmen Grotto. Euh...non! Ça ne fait pas partie du plan et il n'est pas question de nous faire trimballer encore sur la route sachant très bien que l'heure de pointe approche et que nous n'avons pas de temps à perdre. La minute où le guide pose le pied en dehors de l'autobus pour laisser les touristes sortir pour magasiner, je l'attaque avec mes questions, auxquelles il ne répond que par un vague ''yes... yes''. Mais c'est que je le connais ce maudit ''Yes'' là. Ce n'en est pas un qui veut dire, ''oui, nous allons vous aider'', mais plutôt ''oui, ferme ta bouche et retourne t'asseoir gentiment''. Après s'être fait dire que nous allions partir dans 10 minutes, 25 fois, je décide de contacter l'auberge qui s'occupera d'appeler le guide. Ben, aussi utile qu'une cuillère à Cantaloup, ne fait que partager son mécontentement avec moi, plutôt que de parler aussi au guide. Ce qu'il ne comprend pas, c'est qu'ici, même si c'est moi qui parle la langue, mon statut de femme me place juste au-dessus des enfants pour le facteur d'autorité. Je vous épargne alors la quantité incroyable de commentaires racistes, misogynes, xénophobes et simplement cruels que le guide et son équipe lance dans notre direction, ne sachant pas (ou justement, sachant très bien) que je comprends leur langue. Dégoutée au plus haut point, je veux simplement retourner à l'auberge et oublier cette désagréable aventure quand le guide nous pousse de nouveau dans le véhicule et... surprise... conduit vers les Grottes. 

À ce point, je suis bleue, blanche, mauve et prête à ''péter un câble'' monumental alors qu'il nous demande de rejoindre le gros autobus pour le retour en ville. OH...QUE...NON, c'est la minivan qui ira nous reconduire. Re-appel à l'auberge... re-rien pantoute par la réception. Je me mets à engueuler le conducteur dans un mélange d'anglais, de mandarin et de français ne me gênant pas pour en beurrer épais ayant entendu ce qu'il pense de nous de toute façon. Nous avons donc le choix de manquer l'autobus et d'attendre dans une minivan vide ou de prendre place à bord et prier pour que le traffic ne soit pas encore trop congestionné. En arrivant en ville, le guide nous fait sortir de l'autobus et nous met dans un taxi pour ne pas que nous manquions notre train. Too little... too late.

J'entre dans l'auberge comme une tornade alors que Ben s'éclipse pour aller faire je ne sais quoi. J'explique la situation à la réception qui appelle aussitôt la compagnie. Le guide reviendra donc pour négocier avec nous notre remboursement... oui, car il faut le négocier. 30 minutes plus tard, Ben rafraîchit de sa douche a l'audace de me demander ''So, is it fixed yet?''. Il est bien chanceux que je garde mon énergie pour le guide... Arrive alors le gars qui tente d'expliquer en mandarin (pour ne pas que je comprenne) que je suis folle et que nous étions à l'heure, que nous avons vu le Kung-Fu Show, que nous ne sommes pas arrêtés par le magasin de Jade... etc. Sachant très bien que nous pouvons manquer notre train, le guide profite de ce facteur pour ralentir la négociation et après plusieurs minutes de discussion, il nous redonne 100 Yuan (montant absolument ridicule) que je me dois d'accepter, car nous n'avons plus le temps. Ben revient alors de sa deuxième promenade et collecte la moitié du remboursement sans scrupules. Je suis trop gentille.

Quelques minutes plus tard, je raconte nos mésaventures à Naïk en attendant le train alors que Ben cherche l'attention, car nous parlons en français. Le train bondé arrive et par un acte de gentillesse qui ne pourrait mieux tomber pour offrir un peu de rédemption aux Chinois, un homme nous offre son siège pour une bonne partie du voyage et nous arrivons à relaxer un peu. Ce n'est que quelques heures dans le trajet que les veines de mon cou se mettent à rétrécir un peu et que je relâche tranquillement mes poings. Pile au bon moment pour me faire récupérer un peu de bonne humeur, l'homme assis en face de moi s'endort et tombe face première dans le cabaret en métal de la table avec un bruit d'enfer. Je suis tout de suite assaillie par un fou rire incontrôlable qui reviendra me visiter à toutes les quelques minutes du reste du trajet. L'humour c'est vraiment le meilleur remède.

Bon, je comprends qu'en faisant la lecture intégrale de cette journée catastrophique vous devez sûrement vous dire que c'est beaucoup de ''chialage'', mais je tiens aussi à vous expliquer pourquoi je vous raconte tout ça. En fait, j'espère premièrement que les futurs touristes de Luoyang décideront plutôt d'organiser leur propre tour du Temple plutôt que de se faire entourlouper par ces compagnies malhonnêtes. Le traitement que nous avons subit lors de cette visite est fréquent en Chine et il est complètement inacceptable. JAMAIS, vous n'entendrez un guide touristique à Ottawa insulter en français des Chinois simplement ''parce qu'ils ne comprennent pas, donc ils doivent être stupides''. C'est en se défendant un peu et en leur laissant comprendre que leur comportement est dégueulasse que les choses ont peut-être la chance de changer un peu. Du moins, je pense que ce guide va réfléchir deux fois avant d'insulter d'autres touristes étrangers en mandarin... peut-être qu'ils comprennent aussi!

Tuesday, April 19, 2011

Collé, collé - Luoyang 1

La province d'Henan est connue à travers la planète, non pas en raison de son hospitalité ('' Henan où on ne vous envoie pas promener en volant votre porte-feuille!''), de sa beauté naturelle (''Regarde le temple où Confucius est venu passer la nuit quand il s'est perdu en chemin vers Nanjing!'') ou de sa cuisine (''Ai-je vraiment besoin de dire quelque chose? Oui, madame qui fait cuire des foetus de poule, c'est à vous que je m'adresse!''), mais bien parce qu'on y retrouve la ville de Luoyang.

Dans cette petite ville à l'ouest de Zhengzhou, chaque printemps un énorme festival des pivoines est organisé où des touristes de partout à travers (j'aimerais dire le monde, mais nous étions les trois seuls blancs) la Chine, Gatineau (moi), la ville à 152 km de Londres (Ben) et la Bretagne (Naïk), se déplacent pour être témoin de la seule ville chinoise qui sent bon! Pour nous, le but du voyage était plutôt de visiter les grottes Longmen et le temple de Kung-fu Shaolin. Voulant faire une visite rapide de fin de semaine, je suis partie avec Naïk et Ben samedi matin pour prendre un train lent qui nous amènerait à Luoyang pour l'heure du dîner.

En arrivant dans la ville, ma première constatation a été de trouver que c'est drôlement plus pollué que Shangqiu. En même temps, mon unité de mesure (en l'occurrence mon nez) n'était pas 100% fonctionnelle alors que tout le pollen généré par les pivoines a décidé de s'incruster dans mes narines au moment où j'ai posé le pied à l'extérieur du train. ''Atchooouuuu, Atchouuuu'' la nature n'a eu besoin que de quelques secondes pour me réduire en une loque éternuante, larmoyante et morvante. Charmant! Nous avons donc suivi Ben dans la rue pour trouver un taxi vers l'auberge, mais son déficit d'attention sévère a fait, à moins d'embarquer sur le dos d'un écureuil nerveux, que ses mouvements brusques et changements de côtés de rues à toutes les deux secondes étaient loin d'attirer un taxi.

---------------------- Parenthèse ----------------------------------------------------------
Benjamin, 36 ans, fait partie de la nouvelle vague d'enseignants saisonniers de Shangqiu. Avec aucune expérience d'enseignement sous la ceinture et une tendance aiguë à croire que 20 esclaves chinois devraient être mis à sa disposition pour ne pas qu'il ait besoin de commencer, à tenter, à peut-être apprendre un mot de mandarin. L'inviter en voyage avec moi était ma bonne action pour les dix prochaines années. Sérieusement, je n'ai jamais vu personne se plaindre comme ça de toute ma vie et surtout demander autant d'aide pour tout ce qui se trouve entre respirer et faire des transactions bancaires complexes. Après m'avoir poussé au bout de mon rouleau à plusieurs reprises, j'ai décidé de partager avec lui le secret de ma survie en Chine: ''Use your brain Ben!''.
----------------------Fin de la parenthèse-------------------------------------------------

Donc.... Tel un enfant impatient de deux ans assis devant la télé qui ne peut attendre 30 secondes que Big Bird finisse sa chanson, Ben nous bombardait de bonnes idées pour trouver un taxi: ''Should we walk there instead?'', ''What about across the street?'', ''5 meters away is maybe better'', etc. Généralement, il faut mieux se prendre un coin et attendre qu'un taxi se pointe alors j'ai rejoint Naïk sur le trottoir alors que Ben était plutôt occupé à faire les 100 pas de gauche à droite, de bas en haut, au milieu du trafic... Finalement, nous nous sommes bien rendus à l'auberge où nous avons pris possession de nos chambres. En ayant ras le pompom des dortoirs, Naïk et moi nous sommes payés une petite folie, prenant une chambre simple avec salle de bain plutôt que d'utiliser les installations communes. Par la suite, nous sommes allés au restaurant pour commander un repas rapide avant la visite des grottes.

En nous engouffrant dans le taxi, nous avons bien vite découvert que la ville de Luoyang était complètement inondée de touristes pour le festival et que ça ne serait pas facile de se déplacer. Déjà en arrivant sur le site des grottes, la ligne était incroyable longue pour acheter les billets et avec un petit peu de jeu de coudes, j'ai réussi à me rendre au début de la file pour payer nos droits d'entrée. Les grottes de Longmen sont en fait une très longue paroi rocheuse où ont été sculptées maintes petites cavernes abritant des statues de bouddha de toutes les grandeurs. Il y avait vraisemblablement différents types de divinités représentés, mais comme pour faire la différence entre les Chinois, un oeil aiguisé était requis pour aussi différencier les bouddhas. Après avoir passé le tourniquet, nous nous sommes joints au troupeau et en avançant tel des moutons high-tech avec nous appareils photos, nous avons pris d'assaut le site.

Leçon du jour: Ne jamais sous-estimer une foule chinoise. Je peux franchement vous avouer que je n'ai jamais vu autant de gens dans un même endroit et même si nous étions techniquement au milieu de la nature, j'avais l'impression de me trouver dans un tout petit corridor sans fenêtre et sans portes où une chaleur de mois de juillet pour le Canada ne rendait tout le monde que plus ''glissant'' et odorant. Nous avons donc grimpé le premier escalier en riant, complètement transporté par la masse, mais lorsque nous sommes arrivés au sommet et que nous voulions réellement voir ce qui se trouvait dans chacune des petites cavernes, il fallait changer de technique. C'est que le bloc compact de touriste nous bloquait complètement la vue alors nous avions l'option de reculer et d'observer au-dessus des têtes ou de nous approcher et de se retrouver le visage à deux pouces de la sculpture... aucune de ses options ne nous permettait vraiment de bien voir quoi que ce soit. Le détail de chacune des statues est impressionant et la quantité de travail qui a été consacré à ce lieu historique de la dynastie Tang en vaut le détour, mais je vous conseille peut-être d'y aller un mercredi après-midi entre 1h et 2h30 (sieste chinoise) au mois de décembre. Certains touristes qui sortaient de la visite d'un des parcs de pivoines se promenaient même avec leurs bouquets de fleurs géantes de compétition, frappant sans gêne les autres visiteurs à grand coup de pivoines! Agripant Ben par le gilet et traînant Naïk par le sac à dos, nous formions une chaîne solide d'escalier en escalier, fendant la foule tout en essayant de ne pas faire passer personne par-dessus bord!

Après 1 heure de déplacement coude à coude, nous commencions à en avoir ras le bol de nous faire toucher par tous et chacun et l'option ''shopping'' semblait une bonne alternative à ce massage involontaire de masse. Pour égrainer notre patience encore plus, plusieurs touristes tentaient de se placer directement à nos côtés pour qu'un de leurs amis les prenne en photo avec nous... dans ces cas vaut mieux demander car sinon, vous allez avoir dans votre photo une Andréanne de dos qui brandit un doigt d'honneur! Ben, qui ne comprend vraiment rien à rien, ne voyait pas pourquoi nous ne voulions pas nous faire prendre en photo et même en lui expliquant que c'est une question de politesse, il me reprochait d'être trop sensible. ''How long have you been in China again? One month?? Yeah ok....just wait!''. Par chance que mon amie Naïk, qui a vraiment une patience sans fin, était là pour me tenir compagnie parce que j'aurais probablement 1) brisés quelques appareils photos, 2) levée une mémé à bout de bras au dessus de ma tête comme King Kong, 3) enfoncée une pivoine profondément dans la gorge de Ben.  

À la fin de la journée, je suis partie avec Naïk pour dévaliser les boutiques du site et trouver quelques souvenirs. Plusieurs petites robes chinoises me sont tombées dans l'oeil, mais chaque fois que je tentais d'y glisser mes épaules, sous l'oeil affolé de mon amie et de la vendeuse, ça ne passait pas. Trop de fesses, trop de buste, trop d'épaules... juste trop de tout! Si vous pensez aux shorts de Hulk après sa transformation en gros bonhomme vert, c'est à peu près le même principe. ''Oh wait a minute, I have a bigger size'', me dit la vendeuse alors qu'elle m'apporte une robe XXXL. Juste par principe (et pour mon pauvre ego), j'ai refusé. Mes petits problèmes de taille ne nous ont quand même pas empêchés de sortir du site les bras pleins et ce n'est qu'en fin de soirée que nous avons rejoint notre auberge pour la nuit. 

Finalement débar... soulagée de la présence de notre autre compagnon de voyage, notre soirée à l'hôtel s'est transformée en un agréable pyjama party où j'ai discuté avec Naïk jusqu'à tard dans la nuit. C'est que ça fait quand même plaisir de pouvoir parler en français, une fois de temps en temps.

Tout en m'endormant tranquillement, je me préparais mentalement à passer la journée suivante avec Ben à visiter le temple Shaolin, lieu de prédilection pour les adeptes du Kung-fu et plus célèbre école d'arts martiaux de la Chine... Peut-être même que j'allais pouvoir le porter volontaire pour être la ''victime'' lors d'une démonstration!  

Wednesday, April 13, 2011

La clinique

Comme je vous en ai parlé plus tôt, depuis mon arrivée à Shangqiu, j'ai développé une drôle (comme dans surprenante, pas humoristique..) infection occulaire, qui semble revenir chaque fois que j'expérience un peu de stress. Avant mon départ pour Guilin, qui était carrément un voyage à travers la Chine en 4 jours, je me suis levée de nouveau avec mon oeil de zombie. Zuuuuuuuuuuuuuuuut.

J'ai pris quelques pillules et forcés mes étudiants à suivre mes cours dans le noir, mais rien n'y faisait, il fallait que je vois un docteur ou pas de voyage pour moi. En parlant avec Shannon, j'ai découvert qu'il y a une clinique sur le campus pour les étudiants et que je peux aussi la visiter gratuitement. J'ai enfourché mon vélo avec un petit mot en mandarin expliquant: ''Je ne veux pas vous manger le cerveau, c'est une infection occulaire. Donnez-moi de la drogue, s'il-vous-plaît!...''. En entrant dans la pièce, j'ai vu le docteur immédiatement faire une face piteuse de ''Pourquoiiiiiiii moiiiiiiii?? C'est quoi ça encore!''. Pour la décrire en une phrase, l'infirmerie de l'école est une petite salle avec quelques lits et un docteur qui administre des diagnostiques à la vitesse de la lumière. Par la suite, on fait un pas vers la gauche et commande nos médicaments (qui semblent être les mêmes pour tous!) à une petite fenêtre dans le mur. Je m'approche donc du docteur et lui tend mon petit mot alors qu'il regarde avec détresse les infirmières. C'est que dans tout ça, la différence entre un étudiant qui reçoit les mauvaises pillules et un enseignant étranger, c'est que l'étudiant se dira probablement que c'est la faute de la température, sa diète, l'allignement des astres... il ne blâmera jamais le ''profesionnel'' (diplôme de 4 ans... ah tiens donc, moi aussi j'en ai un!) alors que dans mon cas, je le poursuivrai probablement avec mon oeil infecté à travers le campus pour lui donner ma ''meuhladie''.

Bref, le docteur s'approche de mon visage en faisant une belle grimace de ''Yark, t'es donc ben dégueu!''. Et moi qui pensais que les docteurs gardent un visage de glace même devant un type qui a une troisième main dans le front! Il sort d'un même geste sa grosse lampe de poche de crise du verglas de Canadian Tire et me pointe la phare dans le visage. Si ma pupille ne rétrécit pas après ça, vaut mieux juste carrément m'amputer l'oeil... Il me pose ensuite quelques questions en mandarin auxquelles j'arrive à répondre avec un habile mime. (Sérieusement dès mon retour au Canada, je m'inscris dans une ligue!) Finalement, j'ai ma prescription et la pharmacienne me donne 3 types de pillules, des gouttes et de la crème! Alors qu'elle m'explique la posologie, je la fais ralentir pour éclaircir quelques points:

(en mandarin)
- Alors c'est une pillule TROIS fois par jours?
- Ok
- Ou TROIS pillules, une fois par jour?
- Ok
- .... et la crème, je la mets dans l'oeil? sur l'oeil? sur la paupière? autour de mon coude? je la mange?
- ok, eye.

Avec toute cette information pertinente, j'espère seulement qu'il n'y a pas de sulfa dans ces pillules parce LÀ, avec mon allergie, j'aurais vraiment un problème. Le docteur m'arrête alors que je marche vers la sortir pour me redonner l'information.

(en mandarin)
- Two, three, one...
- Euh??

Je lui tends le tube de crème et il gesticule vaguement vers son oeil alors que je me touche toutes les parties du corps en espèrant qu'il allume et me dise ''Dui! Dui! - Oui! Oui!''. Aucune réaction.

Je sors de la clinique perplexe. De cette visite j'ai appris que parfois, c'est carrément mieux de ne pas tenter de parler avec eux dans leur langue, car ça ne fait que les confondre encore plus. Par le temps qu'ils reviennent du choc que des mots chinois sortent de ma grosse bouche bizarre pleine de dents blanches, ils n'ont rien écouté, ma phrase est terminée depuis 10 minutes et je les regarde d'un air de dire ''l'oeuf ou l'enveloppe?''. Plus jamais je ne rirai de la publicité de Pharmaprix où la touriste canadienne essai de faire comprendre au pharmacien mexicain que son compagnon à la tourista... plus jamais.

Tuesday, April 12, 2011

''Don't be shy, just try''

En Chine tout le monde peut chanter. Et observez bien la nuance, je n'ai pas dit que tout le monde SAIT chanter!

Vendredi dernier, tous les étudiants du département d'anglais ont organisé un spectacle célébrant la ''19th year of the People's Republic of China''... tiens donc, toutes les excuses sont bonnes! Nous avons donc invité tous les étrangers de la ville à venir encourager nos jeunes et après un bon repas au resto, nous sommes débarqués au ''English Corner'' prêt à faire la fête. (Fête chinoise.. donc chaise musicale et compagnie. J'avais quand même avertis mes nouveaux amis qu'il n'y aurait pas de Keg Stand pour ne pas qu'ils apportent leur ''six-pack'' à la fête-PG...) Heureusement pour nous, cette fois-ci les étudiants s'étaient préparés entre-eux et personne ne nous a demandé d'animer la soirée 10 minutes avant l'évènement. Parce que les 4 étrangers qui ont répondu à notre courriel sont des beaux bonhommes entre 19 et 36 ans, je peux vous dire que l'excitation était à son comble chez les étudiantes. Ça bourdonnait comme une véritable ruche près de notre groupe. ''Oh look at his skin'', ''He is so handsome'', ''Is he Andy's boyfriend?'', ''You ask for a picture'', ''No YOU!'', ''No, YOU do it!'' et ainsi de suite.

Après plusieurs minutes ''d'observation d'étranger'' la fête a finalement commencé... et tout était en chinois! Shannon me regarde alors d'un air ahuri tout en me demandant ''Why exactly is this an English Department party?''. Alors que je me demande exactement la même chose, elle va se renseigner et l'étudiante lui réponds ''Oui, mais nous faisons un jeu questionnaire sur la Chine alors les questions sont en mandarin!''. Oh quelle logique, j'espère qu'ils ne l'appliquent pas aussi à leur étude à la maison. ''Nous sommes en Chine, alors je vais étudier mon anglais en chinois....'' Voyant clairement que les deux enseignantes n'approuvent pas leur choix de jeu, l'animatrice invite deux étudiants à venir chanter (EN MANDARIN) une belle chanson du genre ''J'aime la Chiiiiiiiiine, J'aime la Chiiiiiine et aussi son Chaiiiiiiiirman!'' (à chanter sur l'air d'''Il est venu le temps des Cathédrales''...). Mais ce n'est pas tout! Après cette performance qui me laisse des larmes aux yeux (Quoi? La musique était assez forte pour décaper ma teinture capilaire!) c'est le moment du micro-ouvert et n'importe qui peut se précipiter sur scène pour massacrer une chanson du répertoire anglophone.

Alors que je me dis ''Ah, ah on va bien rigoler'', j'entends l'animatrice commencer à répéter, de plus en plus fort, andy, Andy, ANdy, ANDy, ANDYYYYYYYYYYYYYYYYYY. Et les 250 personnes qui regardent le spectacle s'y mettent aussi. Meeeeeeeeeeeeeerde. Je décide que ''Non, ce n'est pas vrai que je vais aller improviser. S'ils voulaient que je chante, il fallait m'avertir avant. Je n'y vais pas''. Mais refuser comme ça à 5 de ses amis c'est beaucoup plus facile que de faire taire une foule d'étudiants qui ont décidé que CE soir c'était LE soir, où j'allais démontrer mes talents. ''Sérieusement les gars, si je refuse toujours de chanter en classe, ce n'est pas parce que vous n'êtes pas digne d'entendre ma voix de rossignol! Je chante comme une corne de brume alors c'est plutôt pour vous épargner!''. Mais non, ça ne fonctionnera pas. Shannon me sauve la vie en me disant: ''Whatever dude, just sing Happy Birthday!''. ET... VOILÀ! Je monte sur scène à la vitesse de l'éclair (mais en faisant tout de même attention de ne pas m'allonger de tout mon long. Une fois c'est suffisant!), empoigne le micro et demande à la foule en délire ''si c'est pas la fête à ''quec-un'' par hasard?''. Un des étrangers, Glyn, prends pitié de moi et je commence sa sérénade. Alors que je tiens la dernière note, levant les bras en l'air pour faire comme les chinois, la foule est en délire. Je quitte la scène et scanne la foule pour savoir ce que mes étudiants en ont pensé. ''Well Andy, why did you sing that song? It doesn't really count!''. Oh et puis en plus, ils ne sont pas satisfaits??

Je vois du coin de l'oeil le gars qui a chanté l'hymne national du Canada avec moi au English Corner, monter sur la scène. Comme de fait, il nous dédie ''notre'' chanson patriotique et commence à la massacrer. Je dois intervenir. Remontant sur scène, je m'empare d'un micro et sauve, d'une voix assurée, l'honneur des expatriés canadiens. Y'a toujours ben des limites à la provocation! C'était probablement une astuce depuis le début pour me faire chanter! Sous les applaudissements de Shannon et Brett, je retourne dans la foule et me plante devant mon ami Charl qui me dit: ''Wow, you have some balls!''. Mais avais-je vraiment le choix??

Ne vous inquiétez-pas l'humiliation publique n'est pas terminée! J'ai été approché cette semaine par un responsable de la télévision provinciale et ils veulent me payer une somme faramineuse pour être ''mannequin'' pendant un weekend à un salon de l'auto dans une ville avoisinante. Mes dépenses seront complètement prises en charge par la compagnie et j'aurai une voiture à ma disposition pour visiter la ville. En plus, je peux amener une de mes étudiantes qui mérite vraiment une fin de semaine de glamour!
- Chances de tomber en pleine face sur le runway? 70%
- Chances que ma coiffure et mon visage ne se remettent jamais de l'intervention des esthéticiennes chinoises? 80%
- Chances que j'ai l'air de deux mannequins chinoises inserrés dans la même robe? 90%
- Chances que je sente comme un char neuf pendant une semaine après l'évènement? 100%
 ... bien évidemment, j'ai accepté!

ps. Ce billet est mon 100e depuis la lancée de ''Mon année en Chine'' à la fin du mois d'Août 2010. Un gros merci à tous mes lecteurs, vous êtes ma motivation pour continuer à écrire chaque jour. J'ai peine à croire que le récit de mes histoires folles a été visité à presque 5000 reprises par les internautes! Xie, xie!  

Sunday, April 10, 2011

Un éléphant, ça trompe... - Guilin 3

Lors de mon dernier matin à Gulin, parce que je partage ma chambre avec trois inconnus, je décide d'attendre qu'ils quittent tous la chambre avant de sortir de mon lit et de me préparer pour la journée. De toute façon, mon train n'est qu'à 19h alors j'ai amplement le temps de me prélasser au lit. Il faut bien profiter des vacances un peu quand même! Je termine de tout remballer vers 10h et je quitte sans regrets le petit dortoir.

Mauvaise nouvelle, il peut de nouveau et cette pluie-là ne semble pas vouloir passer. J'attrape un déjeuner rapide et me prends un taxi pour visiter la Reed Flute Cave à l'extérieur de la ville. Et pour être à l'extérieur, ça l'est! 40 Yuan plus tard, le chauffeur ravi me dépose au pied de la montagne et va collecter sa prime de livraison de touriste au guichet de billets. Je n'ai pas trop compris ce qu'il obtient, mais chaque fois que j'ai visité un endroit touristique, le chauffeur m'accompagnait à la billeterie pour remplir un formulaire quelconque. Bref, je remonte la fermeture éclaire de mon imperméable trop mince et grippe rapidement les quelques marches qui m'amènent à l'intérieur de la caverne. Ma première réaction lorsque je mets les pieds à l'intérieur est de me dire que: ''Wow, ils ont fait tout une job de plâtre! On dirait presque une vraie caverne!''. En effet, la roche est polie de manière étrange ce qui fait qu'elle a plutôt l'air fait de plastique et je dois la toucher pour accepter que c'est vraiment de la roche. Je suis pratiquement la seule touriste sans guide, mais l'éclairage des années '80 multicolores qui rends mon entourage étrangement ''disco'' me permet de me promener à ma guise. Voulant toujours respecter la distance avec les groupes de touristes ayant payé pour une visite, je m'installe à distance égale entre deux groupes, mais découvre rapidement que chaque fois que j'arrive pour regarder une partie de la caverne, au moment où je mets les pieds dans la pièce, les lumières se ferment! Je continue comme ça à courir après la lumière lorsque je percute finalement que c'est le guide qui les active! Et bien quelle belle bande de ''cros****''! Il faut impérativement s'engager un guide si on veut pouvoir voir la caverne? Sinon, il faut y aller à tâtons comme les chauves-souris? Et bien trève de politesse, je me colle sans scrupules telle la sangsue canadienne au premier guide que je croise et lui respire dans le cou pendant toute la visite. À un certain moment, la grotte se transforme en un petit lac intérieur qui reflète exactement tous les rochers éclairés par les néons. C'est vraiment magnifique. Je prends quelques photos, en ne perdant toujours pas de vue MON guide et suit un groupe d'américains jusqu'à la sortie. La caverne vaut vraiment le détour, mais cet éclairage qui se ferme au rythme des visiteurs force tout le monde à se dépêcher, ne nous laissant pas vraiment profiter de notre 70 Yuan de frais d'entrée. Personnellement, j'ai rebroussée chemin à quelques reprises, question de bien pouvoir trouver dans la roche les ''champignons'', ''face de moine'', ''chevaux'' et autres sculptures naturelles remarqués par un gars sur un trip d'opium.


Lorsque je sors de la caverne, il pleut de plus belle, mais ne voulait pas nécessairement dépenser un autre 40 Yuan de taxi, je décide de prendre l'autobus. J'attends à l'arrêt avec six travailleurs chinois qui se disent que je dois sûrement m'être perdue. L'odeur de ces hommes ne prenant une douche que lorsqu'il pleut est carrément insuportable. Ce n'est pas des fourchettes et des couteaux qu'il faut exporter en Chine, c'est du DÉO! Merde si c'est ce que ça prends, je vais l'appliquer personnellement sur tous ces récidivistes de l'odeur corporelle. Sortez vos ''Tsous de bras!''. Les usagers ayant été trop lâches pour fermer les fenêtres pendant la tempête, la moitié des bancs de l'autobus sont couverts d'eau et donc inutilisables. Je m'installe dans l'allée et tente de me reconnaître mon arrêt, car je souhaite ensuite visiter l'Elephant Trunk Hill, une grosse coline en forme d'éléphant qui boit dans la rivière. Au pifomètre, je décide que je suis arrivée et me jete dans la rue, sortant ma carte pour trouver mon chemin. Après une vingtaine de minutes de marche dans les petits rues de Guilin, je ne suis plus certaine que les dix dernières personnes à qui j'ai demandé des directions m'ont envoyé sur le bon chemin. Au diable l'égo, je prends un taxi qui conduit sérieusement 50 mètres et me dépose à l'entrée du parc! GROS connard! Il n'aurait pas fallu qu'il me dise que je pouvais jeter une roche de l'endroit où il m'a attrapé et probablement frapper le gars de la billeterie au beau milieu du front?! Je paie sa course en rigolant parce que c'est vrai que c'est quand même cocasse!
Elephant Trunk Hill Park est une petite réserve naturelle où les visiteurs peuvent escalader la montagne de l'éléphant et se faire prendre en photo devant le rocher célèbre de Guilin. Après une courte randonnée en forêt, j'arrive au sommet et trouve un groupe d'étudiants qui m'aident à prendre quelques photos. Je suis chanceuse, car pour ma visite, la pluie s'est finalement arrêtée. Après l'exploration du parc, je me dirige sur la berge et prends la photo touristique obligatoire. À ce point, je dois malheureusement demander à quelques chinois de m'aider et ça me fait toujours rire car lorsque j'approche la femme du couple, elle tend tout de suite la caméra à son mari... de peur qu'elle lui explose entre les mains?... parce qu'elle ne sait pas l'utiliser?... parce que c'est une job d'homme? Ahhh c'est exaspérant! Je m'amuse à regarder quelques touristes prendre les poses les plus saugrenues, mais est un peu déçu ne pas en voir mimer un éléphant.

Je termine ma journée au Pizza Hut où je commande mon souper. Même au Canada, je ne suis pas trop fan de ce restaurant, mais en Chine, les pizzas sont encore plus étranges. Pizza végétarienne? Avec du maïs et de l'ananas... Pizza au poulet pop-corn? Pizza au fruit de mer? Avec de la pieuvre...  Pizza au thon? Et même si on veut prendre une pizza à la viande, il faut s'attendre à ce que ce soit quand même douteux. J'en mange deux, trois bouchées alors qu'un mal de ventre solide s'installe.

Prête à retourner à Shangqiu, je me dirige à la gare de train en avance et subit pendant les prochaines deux heures, la routine de bête de cirque que j'ai raconté plus tôt. C'est étrange, mais depuis que j'ai réservé mon billet de retour au Canada, ma tolérance envers les chinoiseries est beaucoup moins élevée. Comme me l'a si bien expliquée Naïk, au début tout est excitant et nouveau, ensuite on s'y fait car on n'a pas trop le choix, mais quand il ne reste que quelques semaines et qu'on presque goûter la poutine du bout des lèvres, les ''originaux'' chinois qui nous emmerdent, on aurait bien envie qu'ils restent chez eux!

Je devrai prendre mon mal en patience (et peut-être des clamants à cheval...) car il me reste 7 semaines et dans tout ça, je veux visiter Xi'an, Luoyang, Kaifeng, HuangShan et encore Pékin... Gros programme. Prochain weekend? Luoyang et son temple de Kung-Fu Shaolin! Voyons voir si des moines ça peut vraiment faire la ''split''!

Saturday, April 9, 2011

Guilin, PQ - Guilin 2

Avant de commencer à vous raconter ma croisière sur la rivière Li, je veux prendre un instant pour remercier ma compagne de voyage. ''Isabelle, si tu fais la lecture de mon blogue, un très très grand merci pour une des journées les plus mémorables de mon voyage en Chine! No Crosse-day!''

Depuis le départ, le but de ma visite à Guilin était de faire la fameuse croisière sur la rivière Li et voir les parois rocheuses qui encadrent le cours d'eau. Elles sont réputées à travers la Chine comme l'endroit offrant le meilleur panorama de tout le pays et une peinture de la rivière est même présentée à l'endos du 20 Yuan. Question de m'épargner un mal de tête, j'ai organisé ma journée par l'auberge de jeunesse, donc à 8h du matin, je me suis retrouvée dans un autobus plein de touristes fébriles. C'est à croire que Bouddha m'a entendu parce que ce matin là, malgré un risque de pluie, le ciel était presque clair (ou aussi dégagé qu'il le devient à Guilin) et il n'y avait plus de brouillard! Dès notre entrée dans l'autobus, notre guide nous a donné un petit autocollant d'un panda nous identifiant comme faisant parti de son groupe. En raison de la journée fériée en Chine, le quai était bourré de visiteurs ayant tous payé un prix différent pour faire la même croisière. ''Tu parles chinois? 50 Yuan de moins... Tu parles chinois ET tu as un beau sourire? 70 Yuan de moins... Tu ES chinois? 200 Yuan de moins...''. Généralement dans ce genre d'activité, il est mieux de ne pas demander le prix que les gens autour ont payé si on veut conserver sa bonne humeur!
Nous sommes donc entrés dans le bateau où on nous a demandé de prendre place à une table en attendant de quitter le port.  Je me suis retrouvée assise avec 5 Espagnols travaillant à Hong Kong et après quelques minutes de discussions, en partageant leur déjeuner de biscuits Oreos, j'ai découvert qu'un des enseignants, David, parlait en fait un excellent français! La journée commençait bien. Il avait même passé un séjour dans la ville de Québec alors il s'amusait beaucoup à entendre de nouveau ses expressions favorites. Même si j'appréciais énormément notre conversation, je n'étais pas très enchantée de devoir rester à l'intérieur du bateau alors que nous commencions notre croisière. Tout en gardant un oeil sur les montagnes de l'autre côté de la vitre, j'ai décidé de commencer à harceler notre guide pour savoir ''quand est-ce qu'on pourrait aller dehors, parce les gens du bateau en avant EUX sont déjà là... et pourquoi NOUS on a pas encore le droit? C'est pas juste!''. Et la guide de me répondre la phrase typique chinoise: ''Wait a moment please...''. En fait, ils voulaient nous garder dans la cabine pour tenter de nous vendre un paquet de cossins inutiles alors feignant l'envie soudaine, je me suis enfuie à toutes jambes sur le pont.


Wow. C'est vraiment le seul mot qui m'est sorti de la bouche pendant une bonne partie du trajet. Si ce n'était que les montagnes, ce serait déjà impressionnant, mais les courbes inattendues du cours d'eau, la végétation extra-luxuriante (Élémentaire mon cher Watson... avec cette humidité il faudrait que les plantes se forcent pour être fannés), les petits radeaux de pêcheurs et l'absence presque totale de civilisation le long de la rivière donnent l'impression au voyageur de se retrouver balancé dans une peinture de restaurant chinois. Non, non pas celle avec les poissons rouges... l'autre avec les montagnes à gauche du buffet. En observant les vendeurs sur leurs radeaux, j'ai commencé à me demander QUI exactement fait ce type de travail. C'est entendu, ils apportent un certain charme à l'expérience, mais un d'entre-eux plus particulièrement amenait aussi du ''style''! Sérieusement, le vendeur d'orange portait un complet-cravate pour se promener sur son radeau de bamboo!

J'ai continué à prendre des photos de chacune des collines, de peur de manquer LA photo parfaite de la rivière mais tout à coup une voix m'a fait arrêter en plein milieu de ma 1000e pose de moi + une montagne. En fait c'était plutôt un accent... mais n'importe lequel. MON accent! Je me suis tout de suite jetée sur la pauvre fille tout en lui criant par la tête: ''Tu viens du Québec?!??!?!''. Et bien oui, j'ai finalement trouvé un québécoise en Chine! Isabelle est une enseignante de Montréal qui a décidé de faire un long voyage en Asie pendant son semestre différée et la chance nous a permis de nous retrouver sur le même bateau en ce dimanche à Guilin. Quelle joie. ''Merci Bouddha, je n'en demandais vraiment pas tant! ... Attends une minute, du beau temps ET une amie? Combien est-ce que ça va me coûter tout ça? Je vais me réincarner en hamster, c'est ça?''. Après une semaine en Chine, Isabelle semblait bien contente de pouvoir partager son expérience et recevoir quelques conseils d'une vétérante alors que moi, de mon côté, je me trouvais enfin une partenaire pour pouvoir ''ventiller'' tranquillement contre les chinois... Et se défouler nous l'avons fait pendant les 4 heures de la croisière sous l'oeil amusé de David, qui n'en revenait pas d'entendre du québécois ''full speed'' en Chine. Ma pauvre amie ayant souffert les différentes arnaques de Pékin en avait gros sur le coeur. C'est qu'ils ont un petit truc là-bas pour ''accueillir'' les étrangers généreux. Ils les amènent dans un salon de thé où ils commandent pratiquement tout ce qui se trouve sur le menu pour ensuite leur présenter une facture très TRÈS salée... Croyez-moi que du thé cueilli par un paysan manchot, lors d'une pleine lune, à même le jardin personnel de l'empereur et séché sur la grande muraille, ça peut coûter cher! Et ensuite, il y a les faux étudiants qui te traînent à leur ''exposition'' et te menacent pratiquement à coups de baguettes jusqu'à ce que tu achètes une de leurs ''oeuvres''. Bref, elle les avait toutes essayées et même plus alors nous avons rigolé pendant des heures en nous échangeant nos histoires de guerre. Bien rapidement nous étions complètement gelées, car même s'il ne pleuvait pas, il faisait très froid et nous ne voulions pas laisser notre place près de du garde-fou où nous pouvions prendre les meilleures photos. (Bouddha: ''Regarde Andréanne, je ne peux pas tout faire non plus! Arrête de chialer et amène des gants la prochaine fois!)

Après le dîner, au moment même où le bateau arrivait finalement à l'endroit exact du billet de 20 Yuan, une petite pluie s'est mise à tomber, enveloppant rapidement les montagnes sous une brume épaisse. Merde, vite sors le kodak et le billet, il me faut la photo! Mais comme si c'était arrangé avec le gars des vues, les précipitations nous ont seulement frappés lors de la partie la moins intéressante de la rivière et nous avons battu en retraite dans la cale où les passagers moins stimulés par le paysage faisaient la sieste. Quelques minutes plus tard, le bateau est finalement arrivé au port de Yangshua où nous pouvions faire un peu de magasinage avant la deuxième partie de notre périple dans la campagne chinoise.   

La première chose que nous avons vu en sortant du bateau est un faux pêcheur (ou peut-être un vrai, c'est difficile à dire dans ces endroits touristiques...) nous offrant de prendre une photo avec ses cormorans pour 5 Yuan. Allons-y donc, Isabelle empoigne la branche où reposent les oiseaux au même moment où l'homme lui plante son chapeau sur la tête. Ce n'est que bien longtemps après que nous avons réalisé que ''Yark... c'est le même chapeau qu'il met sur la tête à tout le monde!''. À la guerre comme à la guerre, je prends aussi la pose, me pliant en deux pour être à la même hauteur que le petit monsieur. Par la suite, le but était de parcourir les étales de marchands à la vitesse de la lumière, car nous devions rejoindre le groupe 50 minutes plus tard pour la deuxième partie de notre visite. Malheureusement, de tous les endroits que j'ai visités en Chine, Yangshua offrait de loin le meilleur shopping chinois et c'est à contre-coeur que nous avons fait notre négociation en vitesse pour attraper quelques souvenirs. Malgré tout, la pêche était bonne et c'est avec quelque sacs que nous avons rejoint les autres devant le KFC.

Pour un petit supplément, nous pouvions participer à une excursion dans la campagne de Guilin et embarquer sur un radeau en bamboo pour voir une rivière qui n'est pas perturbée par les gros bateaux de croisière. Quelques minutes après voir quitté Yangshua, les guides nous ont déposés dans une mini-ville où de ''vrais'' paysans chinois étaient prêts à nous guider sur le cours d'eau. Sans plus attendre, Isabelle et moi avons assailli un des radeaux, nous installons sur l'embarcation qui prennait déjà l'eau, sous l'oeil amusé de notre rameur. Avec le gilet de sauvetage jusqu'aux yeux et notre parasol de ''snack-bar'' nous protégeant de la petite pluie, nous étions prêtes pour l'exploration.

Quelques secondes après avoir quitté le berge, nous sommes arrivés à la hauteur d'un radeau supportant 4 personnes! En fait, c'était un couple de jeunes mariés qui prenaient leur photos officielles sur la rivière. Ce n'est pas que le paysage n'était pas beau, mais maudit qu'il faisait froid! Au moment où nous les avons croisés, la mariée était allongée de tout son long sur le bout du radeau dans sa petite robe sans manches, la traîne... et bien traînant justement dans la rivière. Je ne peux imaginer ce qui lui passait par la tête à ce moment-là, mais ce n'était sûrement pas: ''Ah comme c'est agréable!''. Faisant une Chinoise de moi-même, j'ai aussi pris quelques photos de ce jeune couple courageux alors que notre guide tentait de nous faire avancer le plus rapidement possible pour être à l'extérieur de leur photo. Avant le départ, notre guide nous avait avertis qu'il y aurait ''a small waterfall'' et qu'à ce moment nous devrions lever nos jambes pour ne pas être trempés jusqu'aux genoux. Sympathique. Au moment où nous avons justement frappé cette partie de la rivière, deux photographes étaient sur la berge en face pour nous poser alors que nous glissions dans les rapides. Cependant, notre radeau, qui devait normalement passer rapidement par dessus les rochers est en fait resté pris et nous avons gradé la pose pendant une bonne minute, riant aux éclats alors que notre guide s'acharnait contre son radeau. Par la suite, il nous a déposés au studio de photographie flottant pour que nous achetions notre photo. Non merci. Mais à cet endroit de la rivière, je dois dire que le panorama était particulièrement époustouflant, car les montagnes se reflétaient parfaitement sur l'eau. Une touriste chinoise dans un ensemble assorti de robe et béret en poil rose en a tout de suite profité pour se coucher dans l'herbe et prendre la pose pour son copain. C'est toujours étonnant de voir avec quelle aise, ils posent pour leurs photos. Personnellement, je fais toujours la même face et l'idée de me dandiner dans tous les sens pour l'objectif ne fait que me faire figer encore plus. C'est à croire que c'est ce qu'ils apprennent à l'école... tout se suite après le cours de ''Comment rendre un étranger mal à l'aise 101''. 

En attendant les autres membres de notre groupe, nous avons pris quelques photos, mais à un certain moment, je me suis tournée vers Isabelle inquiète: ''Euh Isa, est-ce que ces gens étaient dans notre groupe avant?'', ''Je crois pas en fait''. Mon amie se met alors à rire aux éclats alors que je me dis que ''ça y est, on est foutu, ils nous ont abandonnés''. Et bien non, la guide accompagnant ce groupe nous a confirmé qu'elle était aussi dans le ''Panda Group'' et que nous pourrions les rejoindre plus tard. Ouf, ce n'est pas que le petit village n'était pas charmant, mais je n'aurais pas nécessairement voulu me coller contre un Yak pour passer la nuit dans l'étable. C'était bien beau tout ça, mais il fallait ensuite remonter le courant pour continuer la visite! Notre rameur nous a donc ramené aux chutes d'eau où en équipe de deux, ils se sont mis à remonter les installons à la main alors que nous les regardions bouche-bée perchées sur une roche. Oh hiiiiiissse... Oh hiiiissse, mon père serait bien mort de rire à regarder cette technique broche à foin exécutée par des hommes de 70 ans.

En arrivant près du point de départ, nous avons surpris un autre ''photo-shoot'' sur radeau où les deux mariés étaient assis les fesses dans l'eau et se cachaient coquettement sous le voile de la mariée... Sans commentaires. Notre prochaine destination était une butte d'herbe au beau milieu de la rivière où nous pouvions nourrir des ''water-buffalo'' et prendre la pose avec eux. Isabelle trouvant que les animaux du fond étaient laissés pour contre, m'a tout de suite guidé vers la bête ayant l'air la plus ''sympathique'' pour l'inclure dans notre photo. Le petit paysan ravi m'a tout de suite donné la ''laisse'' de l'animal me donnant le contrôle de la vache surdimensionnée. ''Mouhaha now you are MINE!''. Il n'y avait quand même aucun risque que je lui vole la bibite, parce que franchement qu'est-ce que j'aurais bien pu faire avec un Yak! Mais le Yak, lui, semblait bien m'aimer, tentant de s'approcher de moi alors que je reculais dangereusement vers l'eau. ''Viiiiite monsieur, il est à vous, reprenez-le!''. Isabelle qui avait ''spotté'' des bébés a décidé de s'en approcher, mais a vite changé d'idée quand ils se sont mis à marcher vers nous. C'est que même bébé, ils font dix fois notre taille et les paysans ne leur ont pas encore mis de laisse. Par la suite, nous en avons nourri un et au moment où mon amie tendait la branche à l'animal, un gros colon de vieux touriste à tenté de hisser sa petit copine chinoise adolescente sur le dos du Yak! Mauvaise idée mon gars, mauvaise idée! Et la copine de répondre: ''Groooooosss look what it did to my white pants!''.  


Après cet incroyable rencontre avec la faune chinoise, les rameurs nous ont conduits au pont où nous pouvions observer un pêcheur avec ses cormorans en action. Pour ceux qui ne savent pas comment ça fonctionne, les oiseaux sont équipés d'un collet en métal qui les empêche d'avaler leur poisson alors lorsqu'ils reviennent au radeau du pêcheur, il leur fait régurgiter ce qu'ils ont attrapés dans un panier. À la fin de la journée, l'oiseau est récompensé et ils sont vraiment traités comme des animaux de compagnie par les pêcheurs. C'était quand même drôle de voir l'oiseau flotter sur l'eau avec la gorge en forme de poisson.


Notre visite du petit village était finalement terminée et nous sommes montés dans l'autobus nous ramenant en ville. Sur le chemin du retour, alors que tout le monde faisait la sieste, j'en ai profité pour discuter avec Isabelle de notre beau métier et des nombreuses embûches que nous devons vaincre pour éduquer les adolescents. Ahhh j'adore mon métier, mais je dois dire qu'après un an avec des étudiants polis et dociles, je n'ai pas trop envie de redevenir enseignante au Québec... Il y a franchement quelque chose qui cloche avec le comportement actuel de notre jeunesse à l'école et il est bien temps que les choses changent. Bien rapidement, il n'y aura plus d'enseignants dans les classes, car ils seront tous en ''Burn-out'' où auront trouvé une profession où ils sont véritablement appréciés à leur juste valeur. Pensez-y bien la prochaine fois où vous irez à une rencontre de parents à l'école de vos jeunes. 

De retour en ville, nous avons décidé de continuer notre belle journée et de satisfaire notre frustration de manque de magasinage à Yangshua au marché nocturne de Guilin. Après un arrêt cocasse au McDonald, où notre cabaret présentait une annonce pour les McCroquettes avec une photo de poussins et un gros 100% d'écrit au milieu des animaux, nous avons continué notre ''no-crosse day''. C'est qu'Isabelle qui en avait assez de se faire toujours prendre dans des arnaques chinoises (d'où la ''crosse'') avait bien envie de passer une journée complète sans se faire soutirer de l'argent de manière injustifié. Malheureusement pour nous, le marché de Guilin n'était qu'une pâle réplique de ce qui se trouvait dans le petit village et nous n'avons pas pu retrouver les items que nous voulions tant acheter à l'autre endroit. De bébelles en plastiques, à bébelles en plastiques médicinales, les gens achètent vraiment n'importe quoi! Un gros bouddha ''glow-in-the-dark''? Check! Un cendrier de femme tout nu? Check! Une réplique en plasticine de Michael Jackson? Check! Qu'à cela ne tienne, j'ai quand même dépensé le plus d'argent jusqu'à présent sur toute sorte de cadeaux pour ma famille et mes amis parce que je réalise maintenant que la fin approche et que je dois commencer à récolter mes souvenirs. Les marchants de Guilin, habitués aux touristes ne voulaient aucunement marchander et c'est à force de grandes négociations que nous avons pu quand même payer un bon prix pour nos ''cossins'' chinois. 

Quelques heures plus tard, les bras pleins de sacs, j'ai quitté Isabelle en lui souhaitant une bonne fin de voyage et beaucoup d'autres journées sans arnaque. Alors que ma copine s'éloignait dans son taxi, j'ai tout de suite ressenti un peu de tristesse, voyant finalement à quel point on peut s'amuser lorsqu'on trouve une bonne compagne de voyage. La Chine c'est incroyable, mais c'est aussi tellement fatigant. Lorsqu'on peut partager le lourd fardeau à deux, ça semble tellement plus facile. Mais cette journée m'aura quand même permis de rire des situations épuisantes et de trouver un peu d'humour dans cette étrange créature, qu'est le peuple chinois. Alors, j'étais de nouveau de retour à la case départ, ''me, myself and my glow-in-the-dark buddha!''.