Wednesday, May 18, 2011

The most dangerous hike in the world - Xi'an 3 (Huashan)

Biiiipp, Biiiipp, la troisième alarme consécutive d'Adam arrive finalement à nous tirer de notre sommeil profond pour rejoindre le train qui nous mènera probablement à notre perte à Huashan. Je m'habille de manière militaire, vérifiant par deux fois mon équipement et tournant fébrilement autour d'Adam qui n'a (heureusement pour lui) pas trop fait de recherche sur notre excursion et qui ne sait donc pas ce qui nous attend. Si c'était le cas, il ne serait peut-être plus mon ami! Le but de notre visite en campagne (Huashan se trouve à 3h de Xi'an par autobus et 45 minutes en train rapide) est de me permettre de mettre les pieds sur une des 5 montagnes sacrées de la Chine avant mon retour à la maison et aussi de voir ce qui fait de cette randonnée légendaire, un si grand risque pour les touristes. N'ayant pas préparé mon testament, je me dis que si c'est vraiment ''si pire que ça'', nous pouvons toujours nous contempter d'observer la vue du haut du téléphérique et de resdescendre aussitôt sans risquer notre mince assurance vie d'enseignant étranger expatrié.


Après un déjeuner rapide et un trajet (encore plus rapide) en train, nous arrivons au pied du monstre qui domine la ville de Huashan- bloquant presque le soleil et créant une ombre intimidante sur les pauvres fous qui risquent la randonnée. Partout autour de nous, nous ne pouvons que voir la montagne, son omniprésence menaçante est un rappel constant que ce sera le moment ''that makes or breaks you''! N'ayant qu'une seule journée pour effectuer l'ascension et la visite des 4 sommets, nous optons pour le téléphérique qui permet de rejoindre le sommet Nord directement plutôt que de prendre 5 heures à grimper le chemin à pied. En attendant de rejoindre notre cabine, nous observons la foule. À l'inverse des sentiers canadiens de randonnée, en Chine, à peu près n'importe qui, habillé n'importe comment, se mesure aux plus grands défis physiques, sans jamais penser que le choix entre des ''Crocs'' et de vrais souliers de randonnées pourrait faire une différence et empêcher le grimpeur mal-habile de plonger vers une mort certaine. De plus, l'âge des visiteurs ne semble jamais être un facteurs alors que nous remarquons que la plupart des autres touristes faisant la file ont entre 40 et 70 ans. Que le meilleur vive!

La montée du téléphérique se fait dans un silence nerveux alors que nous en profitons pour prendre quelques photos et que nos compagnons chinois retiennent leur déjeuner du mieux qu'ils le peuvent. Une chose est certaine, alors que nous sortons de la cabine, nous ne serons pas seul sur le montagne aujourd'hui! Une masse compacte se suit vers le premier point de base où les plus peureux arrêterons leur ascension et pourront quand même dire ''qu'ils sont allés à HuaShan''. Mon compagnon, dans sa blancheur caractéristique britannique, profite du bouchon de circulation pour se remettre un peu de crème solaire et nous poussons les quelques bretteurs pour rejoindre le sentier principal.

Notre premier obstacle est déjà devant nous, le ''Dragon Ridge'' construit à même la montagne et qui scillonne le sommet de l'escarpement rocheux en un seul sentier permettant à deux grimpeurs de se rencontrer au même point sans trop de problèmes. Malheureusement pour nous, ce n'est pas encore le point qui décourage les touristes alors nous devons suivre la masse compacte et suante, cherchant à garder pied face aux petits vieilles chinoises qui font du coude pour avancer plus rapidement. À quelques reprises, je dois m'installer bien fermement au milieu du chemin pour nous assurer l'endroit le plus sécuritaire et Adam se félicite d'être derrière moi lorsque les marches les plus escarpées le force à se rentrer pratiquement le visage dans mon derrière. Disons qu'à ce point, il n'y a plus de gêne entre-nous... et je n'en ai pas non plus avec le monsieur devant moi! Quelques minutes plus tard, nous retrouvons la forêt et quittons le sentier à flanc de montagne pour une série interminable de marches. Ayant suivi un régime d'exercice assez stricte au cours des deux derniers mois, je suis au sommet de ma forme, mais la même chose ne peut être dite à propos de mon ami qui souffre visiblement à l'arrière.
- Dude, are you ok?
- Pffff... pffff... pfff... Yeah.... I'm... Pfff... good!
- Ok, well let me know if you want to stop.
- Pfff...don't worry.. pfffff.... pffff... I will.

Afin de préserver son égo masculin, je prétexte une soif soudaine et m'empare du sac à dos commun pour le reste de l'ascension. Quelques arrêts plus tard, nous sommes au ''Main Peak'' qui permet au grimpeur de choisir sa destination: South, East ou West Peak. Nous décidons de commencer par le côté Ouest.  Avant d'emprunter le chemin, nous nous retrouvons au ''Golden lock pass'' où les visiteurs peuvent acheter un cadenas qu'ils laisseront sur une des chaînes de la montagne. Après avoir vérouillé leur souvenir, la coutume veut que la personne fasse un voeux et jette la clé dans l'abîsse en signe de chance et de reconnaissance éternelle envers la montagne. Un endroit particulier du garde-fou est entièrement recouvert de cadenas et de rubans rouges (je ne connais pas leur signification), donnant un air solonel et toute une opportunité de photos souvenirs. Nos estomacs faisant des leurs, nous décidons de nous rendre au sommet Ouest avant de casser la croûte... ou plutôt le couvercle de notre soupe instantanée que je trimballe depuis le début de la promenade. Parce que oui, il est possible de manger sur la montagne; les victuailles étant transportées par des porteurs à pied et vendues aux touristes pour un prix exhorbitant!

Ce n'est que lorsque nous empruntons le trajet vers le sommet Ouest que la foule commence tranquillement à se décimer et à laisser place aux randonneurs sérieux. Des centaines de marches plus tard, nous arrivons à un point de vue où plusieurs touristes chinois font une pause derrière le garde-fou, à seulement quelques centimètres du gouffre. Très peu pour moi, merci! Je reste sagement du bon côté de la chaîne alors qu'un vent traître me force à me mettre à genoux pour ne pas me retrouver projetée dans le précipice. Nous devons de nouveau emprunter un sentier ''gossé'' à même la roche pour retrouver le sommet et c'est la main fermement aggripée à la chaîne que je gravis les derniers pas vers notre bol de nouilles bien mérité. Plutôt que d'acheter un repas préparé par les cuisiniers du sommet, nous payons 5 Yuan chacun pour un peu d'eau chaude et dégustons notre lunch avec appétît. Aucun bol de nouilles instantannées n'aura eu meilleur goût de toute ma vie. En reprenant notre contenance, je discute avec les cuisiniers qui sont tout content de rencontrer une ''Laowai'' qui baragouine leur langue.

Trève de paresse, nous devons tout de même visiter les deux derniers sommets avant la fin de la journée! Nous redescendons le sentier à même le roc et empruntons un autre escalier sans fin vers le sommet Sud, où notre petite soupe nous donne assez de pep pour laisser dans la poussière les dizaines de touristes chinois. La vue du sommet Sud est à couper le souffle, les montagnes de rocs au loin avec leur air menaçant et tranchant nous permettant de réfléchir à la force de la nature et à l'envergure du défi que nous sommes en train de relever.  Moment cocasse: alors que nous observons la vue, bouche-bées, des touristes chinois nous demandent de prendre la pose dans leurs photos souvenirs et nous empoignent par les épaules comme si nous étions de vieux amis. Mais si ce n'était qu'un seul touriste! 10 minutes plus tard, nous sommes toujours au milieu des photos, une ligne s'étant créée pour faciliter le roulement de visiteurs souriants qui nous veullent tous dans leur pose. Lorsque la file se dissout, nous montons sur la roche offrant le plus haut point et je m'aggrippe à Adam, soudainement ''moumoune'' du vide à quelques mètres de mes pieds bien ancrés sur le sol. Étrangement, mon vertige, qui est habituellement sous contrôle, décide de faire une apparition surprise dans un des moments les moins terrifiants de la journée. Me connaissant, je dois commencer à être fatiguée et donc plus propice à souffrir de ma maladresse légendaire. Je le sais... et mon corps le sait aussi! Adam me guide par la main pour descendre les marches alors que je retrouve ma contenance.

Depuis le début de la journée, je sais que nous allons éventuellement arriver à un endroit nous permettant de payer quelques Yuans de plus et, affublés d'un harnais, nous offrant de grimper sur une mince planche à 1000 mètres du sol au dessus du vide. À ce moment, je n'ai pas encore l'intention de le faire, mais lorsque j'arrive à même la falaise et que je me renseigne pour savoir où se trouve exactement ce jeu dangereux, la préposée me pointe un mince escalier en fer, installé à même la roche, 10 mètres plus bas. Effrayé, Adam me dit ''No way!'', mais mon cerveau, probablement sur un ''high'' de tout cet air non-pollué commence à franchement considérer l'expérience... Au moment, où nous sommes sur le point de rebrousser chemin, j'agrippe mon copain par la manche et lui dit: ''I'm doing it!''. Me connaissant et sachant que le court instant entre le moment où je prends ma décision et l'action ne pouvant durer que quelques minutes avant que je me dégonfle, je glisse 30 yuan au préposé et quelques secondes plus tard, je suis équippée de mon harnais et prête à descendre dans le vide.

Pour ceux qui ne le savent pas, j'ai déjà été guide dans un parcours aérien de tyroliennes alors ma peur des hauteurs est généralement assez bien contrôlée, mais entre une ''zip-line'' à 10 mètres du plancher des vaches et une échelle à même le roc à 1 km du sol, il y a toute une différence! J'installe mes mousquetons sur la ligne de sécurité comme je l'ai fait des centaines de fois avant et jette un dernier regard à Adam inquiet, qui doit probablement se demander comment il pourra expliquer à Shannon (ma mère à Shangqiu) ''How Andy fell off the cliff in Huashan...''. Je pose mes pieds fermement sur le premier barreau tout en tentant d'observer le gars sous moi, mais en ne regardant pas directement le vide. Mes mains tremblent et mes genoux se cognent violamment l'un contre l'autre. J'ai toujours pensé que ça n'arrivait que dans les dessins animés, mais je vous assure que c'est bien réel! La descente est lente et précise, ne voulant pas faire une erreur me coûtant ma courte vie, mais c'est un ''rush'' d'adrénaline incomparable... et j'ai déjà fait (et détesté) du bungee! Quelques mètres plus loin, j'arrive à voir Adam qui prend des photos du sommet et qui m'encourage de loin. Plus que quelques marches et je serai finalement sur la passerelle... ou c'est ce que je crois.

En bas de l'escalier, après un court répit sur une formation rocheuse stratégiquement placée, je remarque que pour arriver à la fameuse planche, je dois quitter le sol et insérer mes pieds dans des étriers à même le roc et m'aggriper à la chaîne, mon seul point de contact qui n'est pas la ligne de vie de mes mousquetons. Mon orgueil et l'envie de ne pas rebrousser chemin si près du but me poussant à continuer, je vérifie mes mousquetons pour la millième fois et me lance dans le vide. Lorsque je rejoins le préposé aux photos, qui doit bien passer sa journée sur la planche (le maudit malade!) mes mains sont prises d'un tremblement incontrôlable et je dois attendre plusieurs minutes avant de décrocher ma caméra, qui est sécurisé par le cordon de mes pantalons dans ma poche. À ce point, je préfère me promener avec mes shorts autour des chevilles plutôt que d'échapper mon kodak dans le vide alors je desserre le noeud de mes pantalons avec la concentration d'un démineur. Je lui tends ma caméra et le suit sur la mince planche d'environ 30 centimètres de largeur, gardant un oeil sur la chaîne et l'autre sur mon appareil. Je prends la pose, m'éloignant le plus possible du roc et après deux courtes photos, retourne près de son imprimante (il est tout installé à même la montagne pour imprimer les photos!) en respirant le plus tranquillement possible. Normalement, je suis supposée continuer mon chemin et affronter encore d'autres obstacles, mais Adam m'attendant au sommet (et franchement, ayant épuisé mon stock de courage pour la journée), je refais le chemin en sens inverse.

En chemin, je rencontre d'autres touristes sur les installations étroites et c'est avec joie que je constate qu'ils ont beaucoup moins la ''chienne'' que moi et dans un élan de galanterie me laissent même me coller sur la roche pour passer autour de mon corps paralysé, plutôt que de me forcer à les contourner. Dans un moment complet de folie, un des hommes enlève ses deux mousquetons de la ligne de vie pour me contourner et je me retiens par toute ma volonté de ne pas l'engueler de se rattacher comme je l'ai fait si souvent lors de mon emploi en montagne. Je ne voudrais quand même pas l'effrayer et provoquer sa perte! Lorsqu'ils sont tous passé, je re-grimpe l'échelle et arrive au sommet, brandissant mes poings dans les airs comme un grimpeur au sommet de l'Everest. Après tout, c'est probablement le moment de ma vie où j'aurai été le plus près de tout perdre dans un moment de maladresse. Mais qu'à cela ne tienne, je suis bien vivante et incroyablement fière de moi! ''Take that, Vertigo!''.

Adam, qui vient de découvrir mon petit côté givré, me suit en silence alors que nous rejoignons le côté de la montagne le plus sécuritaire. J'en profite alors pour lui montrer mes photos, ne le convaincant tout de même pas que c'était une bonne idée et nous décidons que nous avons assez de temps pour affronter le dernier sommet de Huashan. Le côté Est offre une vue encore plus impressionnante que le sommet Sud et après un autre escalier escarpé nous prenons une pose bien méritée. Adam: ''Dude, you are totally insane!''... oui peut-être un peu, mais je ne m'aurais jamais pardonné d'avoir manqué une telle expérience! Du côté Est, il est possible de rejoindre un petit ''gazebo'' chinois au sommet d'une montagne plus loin, mais nous décidons qu'il est beaucoup plus photogénique de notre position que d'affronter les marches dangereuses pour le rejoindre et y poser pied.

La fatigue rejoignant finalement nos membres, même si mon adrénaline ne me quittera que plusieurs heures plus tard, nous décidons de prendre le chemin du retour où nous devrions arriver au téléphérique, sans embuches, 1h plus tard. Mais la montagne n'a pas dit son dernier mot! Pour descendre du sommet Est, il faut emprunter la ''Heaven Ladder'', un échelle encore construite à même le roc qui, sans protection, à 15 mètres du sol, n'est aucunement sécuritaire à ce point de notre journée. Heureusement pour nous, des travailleurs chinois rénovent la paroie (probablement créant une alternative pour cette échelle ridicule!) et un escalier en métal (tout aussi escarpé quand même) nous permet de redescendre sans nous casser le cou. Finalement, le plus difficile est passé. En empruntant le chemin du retour, je demande à Adam de passer devant, ayant toujours beaucoup plus de difficulté à descendre qu'à monter, je m'agrippe à son sac à dos. Il en profite pour se moquer de moi: ''Andy, you just went down a ladder at 1000 meters but you can't go down some stairs? Hilarious!''... Hilarious indeed! Je me connais trop bien et ma capacité à m'enfarger dans les fleurs du tapis est un réel danger en cette fin de journée.     

Une heure plus tard, nous sommes assis de nouveau dans la cabine du téléphérique où nous jettons un dernier regard à cette montagne meurtrière qui, très franchement, si respectée et bien naviguée, est plutôt une incroyable randonnée permettant aux grimpeurs téméraires de tester véritablement ce dont ils sont faits.... pour moi c'est 50% de forme physique, 30% de courage et 20% de pure folie! À quand le rodéo sur un Yak enragé?

En terminant, j'ai décidé de documenter les criminels des chaussures inappropriés de Huashan...






Tandem - Xi'an 2

Grâce à une visite matinale des guerriers de Xi'an, il me restait ensuite toute la journée pour visiter la ville et me promener avec mon compagnon de voyage dans le marché. Notre premier arrêt a été les fortifications, où il est possible de faire une très longue promenade de 17 kilomètres sur le mur entourant le centre-ville. Ce point de vue exceptionnel permet d'un seul coup de voir les différents quartiers de la métropole et le mélange d'architecture orientale et occidentale qui fait de Xi'an une ville moderne, mais tout de même très chinoise.

Après avoir gravis les quelques marches qui mènent au sommet du mur, j'ai suggéré à Adam de louer une bicyclette, question d'épargner nos jambes pour la randonnée du lendemain à HuaShan, reconnue comme ''the most dangerous hike in the world'' (c'est pas des blagues, ''googlez'' le!!). Ce qui devait en fait être une balade pépère d'après-midi s'est vite transformée en gag lorsque nous avons vu que nous pouvions louer... un vélo tandem!!! Alors qu'Adam choisit notre monture, la préposée me fait comprendre que nous avons seulement 1h pour compléter le tour du mur sinon nous devons payer une pénalité. Qu'à cela ne tienne, quelques secondes plus tard, nous enfourchons le bolide et partons à la vitesse du son sur le mur composé de pierres toutes plus inégales les unes que les autres. Les premiers cent mètres se font en rigolant alors qu'assis un bon 30 centimètres plus bas que mon compagnon, j'ai le visage enfoncé dans son dos et n'arrive pas à lui faire complètement confiance lorsqu'il tente à plusieurs reprises de prendre son élan pour monter des pentes impossibles ou de passer entre une poubelle et le mur. ''Oh let's go there, I'm sure that we can fit!'', ''Nooo, noooo Adam!! WE DON'TTT!''. Nous dépassons piétons, vélo et même voitures électriques, plein d'adrénaline donné par notre monture siamoise qui ''squeek'' en masse et menace de fendre en deux. J'imagine que les gens que nous avons dépassés ne pouvaient qu'entendre: ''ZOOooomm hahahHAHAHAHAHhahah ZOOOoommm''.

La chance (et le vent) étant de notre côté, nous finissons la première ligne droite dans un temps record, terminant notre course par un virage à 45 degré sur un mur qui fait le coin et qui passe à deux doigts de nous faire renverser. Mon conducteur découvre la limite du tandem: ''Oups Andy, that was close! Let's stick to the main road!'', Non, vraiment?! Et moi qui voulait faire un wheely! De ma position arrière, j'ai l'avantage de pouvoir lever les pattes une fois de temps en temps à l'insue d'Adam qui pense que je pédale aussi fort que lui: ''Hum...Andy? Are you pedaling?'', ''Oh yeah, yeah! (enlevant mes pieds du mécanisme) But you know, the wind is so strong!''. Découvrant mon stratagème, il se venge rapidement en faisant semblant de s'aligner vers l'escalier qui mène au bas du mur et conséquamment à notre perte. Je me tiens tranquille. Le passage de notre dynamo formule 1 provoque les ricanements chez les touristes qui se disent probablement que l'air frais nous est monté à la tête. Remarque que par notre sourire fendu jusqu'aux oreilles, nous avons assurément fait augmenter les locations de l'après-midi.

À mi-chemin, nous faisons une petite pause pour observer plus lentement la ville, mais dès que le vélo est arrêté nous ne pouvons nous lever. La selle de la monture est fait pour des fesses chinoises, probablement en bois (les fesses, pas la selle) et nous marchons comme deux cow-boys vers la bordure de la fortification. Constation: Xi'an, c'est toute une ville! Bien plus moderne que Shangqiu (pas difficile à battre...), mais plus chaleureuse et moins occupée que Shanghai et Pékin. Si j'avais à revenir en Chine, c'est probablement dans cette ville que je m'installerais.

Finalement, nous terminons notre promenade avec presque 20 minutes d'extra et rendons le tandem en se massant les fesses. Toute une expérience.

Après la promenade à vélo, nous nous dirigeons vers le quartier Musulman qui abrite le plus grand marché de souvenirs de la ville. Ayant été prévenu par Shannon que c'est l'ENDROIT pour acheter des souvenirs, nous marchandons pendant quelques heures et ressortons du labyrinthe avec plusieurs sacs. Comme me le fait remarquer mon ami, lorsque nous entrons dans une boutique, les vendeurs sont fébriles, mais dès qu'ils découvrent que je peux parler leur langue (et donc ne pas me faire avoir), ils perdent rapidement leur sourire et négocient serré. Je m'achète un deuxième manteau North Face pour 120 Yuan cette fois (17$).

Nous terminons la soirée à l'auberge de jeunesse où nous planifions notre journée à Huashan en parlant avec d'autres touristes. Cette montagne (une des 5 sacrés de la Chine) est un véritable tour de force pour les randonneurs les plus aguéris et c'est avec des papillons dans l'estomac (d'excitation et aussi un peu de peur...) que nous allons nous coucher. Vais-je enfin frapper mon premier ''mur'' chinois?

Monday, May 16, 2011

L'armée de Terracotta - Xi'an 1

9 mois, une vingtaine de destinations, des centaines de kilomètres, un nombre incalculable de bols de nouilles instantanées... mais encore. Si vous avez suivi mon blogue depuis le tout début, vous savez qu'il me manquait toujours un endroit touristique par excellente pour pouvoir dire que j'ai bien VU la Chine: Xi'an et son armée de guerriers en terre cuite.  
Voulant remédier à la situation avec mon départ imminent pour le Canada (19 dodos...), j'ai convaincu Adam de m'accompagner dans la capitale touristique pour une visite expresse de ses attractions. Je ne sais pas si c'est le partage de l'organisation avec un autre touriste compétent ou simplement le fait d'avoir finalement trouvé un compagnon de voyage agréable, mais cette fois-ci le trajet en train de nuit s'est passé comme un rêve. Je me suis couché dans mon petit lit à Shangqiu, pour me réveiller après un sommeil continu de 9hrs à la gare de Xi'an. In..cro...yable! N'ayant pas une minute à perdre, nous avons tout de suite trouvé l'autobus voyageur qui relie le centre-ville au site de l'armée (à environ 1h d'autobus) et joint un groupe de touristes chinois pour le trajet. Adam ayant déjà visité les guerriers lors d'un voyage précédant m'a abandonné en chemin pour la visite d'un autre site touristique alors je me suis de nouveau retrouvée en compagnie de la meilleure guide... moi! Ha.

Pour faire une histoire courte, au troisième siècle avant J.-C., l'Empereur, probablement un peu insécure et mégalo, Qin Shi Huangdi a décidé de se faire enterrer avec une armée de milliers de guerriers en terre cuite, dans un vaste Mausolée représentant son empire. La découverte archéologique en 1974 par un fermier local reste une des attractions les plus courues en Chine et un véritable tour de force considérant que chacune des figurines comporte des détails particuliers et un visage unique. Le site qu'il est possible de visiter n'est en fait qu'une fraction du tombeau et les fouilles archéologiques n'en sont qu'à leur début. L'endroit où est enterré l'Empereur n'ayant même pas encore été déterré laisse présager que ce site, patrimoine de l'Unesco, ne deviendra que plus populaire dans les prochaines années.

Armée de mon guide audio (qui n'est franchement pas nécessaire), j'ai commencé la visite par le ''Pit 2'', voulant garder le hangar 1 (endroit le plus impressionnant et celui que vous voyez sur toutes les photos) pour la fin. En entrant dans le gigantesque bâtiment, le touriste se retrouve sur une passerelle à quelques mètres des tranchées où il peut observer de loin et à vue d'oiseau des fragments d'archers, de chevaux et de chariots de toutes sortes qui s'entassent pêle-mêle au fond du trou. Les endroits qui n'ont pas encore été déterrés par les archéologues sont toujours recouverts d'une couche de terre et ne peuvent que nous laisser imaginer ce qui peut bien s'y cacher. Certaines figurines intactes sont exposées le long du passage afin de nous permettre de mieux en observer les détails gravés par les artisans. En fait de contenu, les hangars 2 et 3 sont beaucoup moins impressionnants que le premier, mais l'aspect plus ''authentique'' et moins perturbé par l'homme des artefacts nous permet de mieux imaginer l'état dans lequel les fermiers ont trouvé les statues lorsqu'ils en ont fait la découverte il y a une quarantaine d'années.

J'ai donc fait une visite relativement rapide des deux premiers hangars, la foule compacte rendant l'observation en détail des figurines ardue. Cependant, je dois vous avouer que la visite de ce site est réellement justifiée par le premier hangar et ses rangées sans fin de guerriers qui accueillent les touristes comme une seule masse, prête au combat. La première passerelle permet aux gens de voir la vue de face et la profondeur de la salle alors qu'il est ensuite possible de contourner les tranchées par le bas et d'avoir une stupéfiante vision de profil de la rangée de soldats observant la bataille au loin. La différence entre les guerriers du hangar 1 et des deux autres est qu'ils sont pratiquement tous debout, et qu'il est encore plus facile de les comparer, car ils ont presque entièrement été reconstitués. La coiffure, armure et posture de chacun des soldats est unique et donne une impression encore plus réelle à ce véritable bataillon qui, sans ses attributs particuliers, ne serait qu'une masse imposante de clones. George Lucas, j'espère que tu prends des notes pour le prochain Star Wars!

En continuant de marcher vers le fond de la salle, de plus en plus de sections sont ensevelies et certains archéologues sont même au travail, tentant tranquillement de grossir les rangs des soldats découverts. Seulement après avoir marché autour de tout le hangar, est-il véritablement possible de s'imprégner de l'étendue de la tâche titanesque des artisans et de la vision, ma foi assez démente de cet Empereur à l'ego démesuré.

J'ai terminé ma visite après quelques heures de marche et retourné le guide audio inutilisé, car devant une telle démonstration de la grandeur, de la détermination et de l'obstination chinoise, je n'avais aucunement besoin de commentaires en Chinglish! 

À faire:
- Prendre l'autobus de ville du centre-ville de Xi'an. Ce n'est pas cher et très facile.
- Commencer par le hangar 2, 3 et terminer par le premier.
- Acheter une réplique des guerriers, mais négocier votre souvenir pour 10-15 Yuan (c'est possible, soyez déterminés et sinon il y aura toujours les 850 prochains vendeurs avec le même produit.)

À éviter:
- Le guide audio. Il y a plusieurs pancartes et si vous connaissez un peu l'histoire le reste n'est pas nécessaire.
- Un guide humain. Même chose qu'en haut.
- L'autobus qui mène de la billetterie à l'exposition. Le site se trouve à 10 minutes de marche dans une belle petite ruelle bordée de marchands et de statues. Ça vaut la peine!   

Le coup du tigre

À multiples reprises lors de mon jogging, j'ai eu la chance d'observer des cours de Kung-fu en nature. En fait, les enseignants amènent leur groupe de 30-35 étudiants autour des lacs du campus et leur font pratiquer les différentes routines. Certains utilisent des éventails, d'autres des sabres, mais généralement, ils pratiquent le combat au corps à corps... mais sans jamais vraiment se battre contre un adversaire. J'ai donc demandé à Mike s'il y avait parfois du contact et il m'a répondu fièrement qu'il y avait justement une compétition à la fin de la semaine et ''it would be an honour for me to show you!'.

Je suis donc allée avec Brett au ''dojo'' du gym pour regarder l'évènement. Dès notre entrée dans la salle, nous voyons Mike au loin qui nous fait un signe de tête tout en s'étirant, visiblement excité que ses amis soient venus l'encourager. Nous observons son échauffement pendant quelques minutes et je pousse un petit cri d'horreur alors qu'il se laisse tomber fluidement dans un grand écart sur le tapis. ''Brett, Brett, LOOK, that is NOT ok!!'' À part pour les gymnastes chinois des Olympiques de Pékin, je ne crois pas avoir jamais vu un homme dans une telle position et je m'inquiète franchement pour sa future progéniture! Mais ça ne semble aucunement le faire souffrir, car voyant mon état de choc, il me crie de loin: ''Look Andy, I'm flexible!'' ... et bien je vois ça mon cher, mais fait attention quand même ok!? Tu as tout de même droit à UN enfant!

La foule commence à remplir le gymnase sous l'oeil amusé des étudiants de Kung-fu qui cherchent toujours à comprendre ce que je fais là! À en juger par le nombre de photos qu'ils prennent de loin et le chuchottage, ce n'est pas tous les jours qu'une enseignante féminine (et étrangère en plus) assiste à leur séance de tapochage. Quelques étudiantes curieuses en talons hauts et mini-jupes (c'est maintenant l'été à Shangqiu!) font aussi partie de la foule et en observant les combattants, je comprends leur stratagème. Moi aussi, si j'étais une étudiante qui doit absolument se trouver un mari avant la fin des études (alors qu'il y a encore du choix!) et que je devais décider entre un petit nerd à lunettes du département d'anglais et un (quand même petit) tas de muscle qui fait du Kung-fu, je passerais aussi mon temps à me balader près du gymnase!

Bien rapidement, deux groupes se forment de chaque côté du tapis et les juges annoncent le début de la compétition. L'ordre des combats est déterminé par le poids alors Mike, du haut de ses 85 kilos, sera le dernier à affronter un de ses amis qui ne semble aucunement enchanté par l'idée de se mesurer au ''gars qui a passé 2 ans à s'entraîner au temple Shaolin''. Je compatis mon gars... même s'il ne ferait jamais de mal à une mouche, c'est du suicide! Les deux premiers étudiants revêtissent les protections communes et s'approchent du milieu du tapis. Fait cocasse, ils doivent tous se partager le même ''jock-strap'' qu'ils enfilent par-dessus leur short! S'il y a bien un endroit où il ne faut pas couper le budget, on pourrait croire que c'est pour la protection des bijoux de jade chinois, mais pas à Shangqiu. Un pour tous et tous pour un...

Le premier combat nous laisse quelque peu perplexes alors que les étudiants se poursuivent sur le tapis en se frôlant à quelques reprises du bout des doigts. Visiblement, ils ont le droit d'utiliser toutes les parties du corps et même de se projeter mutuellement sur le sol, mais la technique n'est pas au rendez-vous alors qu'ils ne se tapent que du dos de la main. Pensez à deux mousquetaires moustachus qui se provoquent en duels à répétition à l'aide d'un gant. Le combat est divisé en 3 parties, à l'issue desquelles les juges prononcent un vainqueur. Je ne vois d'autres manières de décrire les combats qu'en faisant une comparaison avec du fromage. En gros, c'est comme si deux Ficellos agressifs tentaient de se battre violemment. C'est mou, mince et ça ne donne pas grand-chose!

Alors que les catégories de poids se succèdent, le niveau de compétence augmente aussi et lorsqu'arrive le moment tant attendu du combat de Mike, la foule encourage avec enthousiasme. Son pauvre adversaire se place courageusement au centre du tapis avec l'air d'un gars qui sait très bien que sa dignité et peut-être aussi ses deux dents d'en avant, n'en ont plus pour très longtemps. Dès que l'arbitre se retirer du centre, Mike se projette sur son adversaire avec férocité et après deux coups de pieds impressionnants (en sautant dans les airs tout de même!) au casque, le garçon titube vers l'extérieur du tapis. Il tente ensuite de s'agripper aux jambes de mon ami pour le faire balancer au sol, mais autant tenter la même prise sur un des piliers de béton du gymnase. Mike ne bouge pas d'un cheveu et profite de la mauvaise décision de son adversaire pour lui assener quelques coups de poing décisifs au casque. L'arbitre signale la fin du premier round alors que les deux combattants retournent dans leur coin. Mike, frais comme une rose et son ami, s'éffondrant sur une chaise alors que les autres étudiants tentent de le convaincre que c'est une bonne idée de continuer la bataille. Je vous dis qu'ils regardent beaucoup trop de films où le perdant fait une remontée miraculeuse, car malheureusement pour lui, il n'est pas Rocky et ce n'est pas Hollywood.

Alors que le garçon se remet de la première partie de la bataille, je vois que Mike tente de regarder sur la pointe des pieds s'il est ok et qu'il est complètement dévasté de ne pas pouvoir aller porter assistance à son ami. Malgré ses airs de combattant redoutable dans l'arène, il est véritablement un bon garçon et l'ami de tous. Ce doit être insupportable pour lui de devoir tapocher son ami pour impressionner ses enseignants de Kung-fu. Finalement, l'arbitre rappelle les deux étudiants sur le tapis qui commencent la deuxième partie du combat. Quelques minutes plus tard et après un enchaînement digne de tous films de Jackie Chan, l'adversaire de Mike saigne du nez et le combat est officiellement terminé. Dès que l'arbitre laisse tomber le bras de Mike, après avoir signalé sa victoire, il se précipite sur son adversaire pour lui faire les premiers soins... Comme quoi, combat ou pas, c'est dans l'attitude qu'on distingue un vrai vainqueur et les deux étudiants quittent le gymnase bras dessus, bras dessous, la tête haute. Ça lui fera toujours une bonne histoire à raconter à sa future blonde qui était probablement quelque part dans la foule... Je suis certaine que les Chinoises doivent avoir un petit faible pour un gars avec un oeil au beurre noir!

Monday, May 9, 2011

Ré, rayons de soleil d'or!

Dans la lignée de ''Mais qu'est-ce que je pourrais donc faire pour occuper mes quatre heures de conversation cette semaine?'', j'ai décidé de donner une leçon en chanson à mes étudiants. Lorsque j'ai fait un petit sondage maison pour déterminer le plan de mes derniers cours, la suggestion ''songs'' a pris la majorité haut la main! Je devais donc dépoussiérer mes souvenirs de chorale et préparer quelque chose de cohérent et d'intéressant pour satisfaire leur curiosité de la culture anglophone populaire.

Dans le but de rendre leur apprentissage plus démocratique, la cours précédant notre ''concert extérieur'', j'ai présenté 11 différentes chansons à mon groupe et je leur en ai fait sélectionner 4 à chanter tous ensembles. Les chanteurs étrangers les plus populaires en Chine étant Taylor Swift, Avril Lavigne, les Backstreet Boys et Westlife, je devais me tenir le plus loin possible de ce régurgitage rose-bonbon et leur présenter un peu de variété. Pour les curieux, voici ma liste:

- U2 - Stuck in a moment
- Cat Stevens - Father and Son
- Goo Goo Dolls - Iris
- Bruno Mars - The way you are
- Adam Lambert - What do you want from me
- Village People - Kung-fu Fighting (Impossible de m'en empêcher! haha)
- Kool and the Gang - Celebration
- Cat Stevens - Wild World
- ? - Taking care of business
- ? - Somewhere over the rainbow
- Rihanna - SOS

Ma sélection comporte aussi beaucoup de chansons pop, mais comme pour les jeunes enfants, il vaut mieux choisir des mélodies qui se répètent sinon ce sera aussi souffrant pour les étudiants que pour l'enseignant. Malgré une envie presque irrésistible de faire sortir le Freddy Mercury qui sommeil en moi, Bohemian Rhapsody était hors de question! Je m'installe donc devant le groupe, pleine d'enthousiasme à l'idée de partager avec eux de nouvelles chansons, mais dès que je pars la musique... rien. Les étudiants me regardent tous avec des yeux globuleux et je résiste à la tentation d'aller leur tâter le pouls. Je leur aurais donné une dictée qu'il y aurait eu plus d'excitation! Brett m'ayant déjà prévenu que les jeunes ne sont pas énormément expressifs lorsqu'exposé à autre chose que l'hymne national chinois, j'ai décidé de continuer quand même.

''Euh... ok guys. let's change the song...'', Franchement, quand même les Village People et une enseignante qui fait le YMCA n'arrivent pas à faire lever la foule, vaut mieux jeter l'éponge! Après une courte délibération, mon groupe a choisi U2, Adam Lambert, Bruno Mars et Kool and the Gang. Il ne me restait plus qu'à trouver un moyen de les faire chanter!

Le jeudi suivant, j'ai donné rendez-vous à mes jeunes au beau milieu du jardin public de l'école où ils m'ont rejoint armé de leurs morceaux de papier pour protéger leurs fesses des maladies mortelles qui se cachent dans le gazon! Après avoir formé un énorme cercle (50 étudiants, ça prend de la place!) et que j'ai distribué les paroles du jour, j'ai décidé de briser la glace avec mon interprétation tremblotante de Father and Son. Il faut bien montrer l'exemple et mes étudiants sont un public assez facile à satisfaire! En plein milieu de la chanson, lors d'un intermède musical, ils se sont tous mis à applaudir. Était-ce leur moyen de me demander d'arrêter parce que c'était trop souffrant? Et bien non, en Chine, on applaudit à tous moments et ce n'est jamais impoli pour le chanteur.'' It's not time... clap, clap, clap... to make a change...clap, clap, clap... just sit down.... clap, clap, clap... OK, ÇA VA FAIRE!'' Par la suite, nous nous sommes lancés dans la partie ''chorale'' de l'après-midi.

Sérieusement, Maria de la Mélodie du Bonheur peut franchement aller se rhabiller dans les rideaux de son salon! Après quelques minutes, chaque couplet était répété presque parfaitement par mes étudiants qui suivaient le rythme des chansons en tapant des mains et dodelinant de la tête! Ce doit être parce qu'ils sont si bons à apprendre tout par coeur, mais leurs talents devant des chansons inconnues m'a presque tiré une petite larme à l'oeil! 20 minutes après le début du cours, nous pouvions chanter tous ensemble la première chanson et leur sourire fendu jusqu'aux oreilles ne faisait que me confirmer qu'ils en voulaient plus.

Les travailleurs chinois qui faisaient du jardinage autour de notre petit cercle ont bien vite arrêté de travailler (Hummm... ça ne leur prend déjà pas une grande distraction pour prendre une pause... parfois même le passage d'un papillon peut arrêter un chantier pendant 20 minutes!) pour regarder le concert gratuit et l'enseignante échevelée danser au rythme de la musique de ses étudiants.

Mon métier n'est pas facile. Il est épuisant et demandant, mais c'est dans ces moments de communion parfaite entre un enseignant et ses élèves que tout en vaut soudainement tellement la peine.

Et pour voler la ligne des enfants Von Trapp: ''So long, farewell, auf wiedersehen, good nightttttttt!''.

Monday, May 2, 2011

Le modèle de l'année

Ce week-end, j'ai appris qu'être différente en Chine peut parfois amener des avantages... et tout un salaire!
 Tel que prévu depuis quelques semaines, dimanche dernier était le ''Car Show'' de Bozhou, où on m'a demandé de prendre part aux célébrations comme mannequin invité. N'ayant jamais participé à ce type d'activité, sauf pour ma journée au Studio de photo, j'étais plutôt nerveuse à l'idée de devoir monter sur scène et parader devant une foule chinoise. Donnez-moi un micro et un évènement à animer et je le ferai sans problème, mais me déhancher en silence, sans m'enfarger dans les fleurs du tapis est une tout autre histoire! Comme Shannon explique si bien ma maladresse fréquente, ''Andy, I'm sure you fall a lot because for someone with your height, you have incredibly small feet!''.

J'ai donc rencontré l'organisateur de l'évènement à plusieurs reprises avec une étudiante (mon ''agent'' Émilie...) pour négocier mon salaire et les différents détails du contrat. Au fil des rencontres, j'ai rapidement compris que faire des affaires en Chine n'est pas aussi simple que ça ne le paraît et qu'avoir un ''Oui'' définitif est bien près de l'impossible. La première fois où nous avons vu le responsable de la télé locale, il nous a invités dans un café du centre-ville et après 1h de discussion et de sirotage de café, je ne savais toujours pas 1) combien j'allais être payé, 2) l'heure et la date de l'évènement, 3) s'il voulait vraiment m'engager ou plutôt être vu à Shangqiu en ma compagnie. Cependant, pendant notre entretient, il en a profité pour ''péter de la broue'' en masse et m'expliquer en détail à quel point il connaissait des gens importants à Shangqiu... J'ai donc laissé la négociation entre les mains de mon étudiante, m'assurant seulement d'obtenir un bon salaire et j'ai attendu... et attendu... et attendu. La veille de l'évènement, nous n'avions toujours aucune réponse alors j'ai planifié un voyage d'une journée à Kaifeng lorsque j'ai reçu un appel d'Émilie à 18h pour me dire que ''The man called and they are picking us up at 7 am tomorrow!''. Ah tiens donc...

J'ai accepté de rencontrer l'homme sur le campus le soir même pour recevoir ma robe et m'assurer qu'il allait me donner un peu d'argent avant l'évènement. En arrivant au point de rencontre, il y avait une dizaine de petites étudiantes chinoises qui me regardaient en riant et je me suis demandé si j'avais vraiment pris la bonne décision. L'argent c'est bien beau, mais la dignité, ça n'a pas de prix! Il en a tout de suite profité pour me rassurer et me présenter à une des mannequins qui parle anglais. Heureusement qu'elle était au rendez-vous et elle a pu traduire les détails de dernière minute. Ne sachant toujours pas si toute cette organisation était un prétexte pour me kidnapper, j'ai demandé si je pouvais amener un de mes amis, Adam, et il a accepté. Ouf.. je n'allais pas être revendu dans un trafic de profs blanches! En regardant un peu autour de moi, j'ai remarqué que les autres mannequins étaient majoritairement des étudiantes, qu'elles portaient toutes des verres de contacts noirs qui leur donne un air de personnage de dessin animé (des gros yeux globuleux) et qu'elles ne voyaient pas nécessairement ma présence comme une bonne nouvelle... malgré mon air de chien dans un jeu de quilles, j'allais probablement leur voler la vedette! La responsable des mannequins m'a donné le sac contenant ma robe et avec un dépôt de 200 Yuan dans mes poches, j'ai couru à la maison pour essayer la tenue!

Quelle (mauvaise) surprise! La robe était visiblement le seul modèle ajustable pour une taille un peu plus voluptueuse et j'ai glissé dans la ''Fat-dress'' avec perplexité. En tirant sur le cordon pour ajuster le bustier de cet amas de chiffon vert, j'ai commencé à me dire que j'allais peut-être attraper une crise aiguë de gastro m'empêchant de participer à l'évènement. Mais ce n'était pas tout! Afin de camoufler mes épaules, j'avais aussi droit à un (superbe...) baby-doll à manches longues avec une traîne et des fleurs bleues agrémentées d'une bordure en froufrou rose... Aie, aie, aie! Après avoir revêtu le tout, j'ai appelé ma mère et avec l'aide de ma webcam, elle a pu voir l'étendue du désastre... Et ma mère de répondre pour m'encourager: ''Tu sais Andréanne, peut-être que les autres filles vont avoir des robes semblables...''. Donc Bozhou veut organiser un évènement avec 10 mannequins qui ont l'air des clowns travestis? J'en doute! Je suis allée me coucher inquiète priant pour qu'ils me laissent porter ma propre robe!

Le lendemain matin, nous sommes arrivés à la porte de l'école et accompagnée d'Adam et d'Émilie, j'ai pris place dans une des camionnettes pleines de jeunes Chinoises excitées (par l'évènement... mais surtout par mon compagnon masculin qui pourrait LUI être un vrai mannequin!). Une heure plus tard, nous arrivons dans un grand stationnement extérieur rappelant un concessionnaire et malgré mon envie d'explorer un peu le site, ils m'ont demandé de rester cachée dans la camionnette. Il ne fallait surtout pas révéler la surprise! Dès que possible, j'ai aggripé la responsable de l'évènement et sans grand fla-fla, j'ai réussi à échanger mon costume de carnaval pour une belle robe traditionnelle chinoise rouge. Mais ce n'était pas tout, il fallait ensuite ENTRER dans la robe! La mannequin qui parle anglais, Star (héhé, les Chinois et leurs noms anglais...) m'a informé que nous allions nous changer dans la voiture et ma pauvre étudiante traumatisée à l'idée que son enseignante doive se dénuder dans une voiture avec une gigantesque fenêtre a tout de suite brandis sont petit manteau pour me cacher le plus possible. J'ai glissé la robe sur mes épaules sans problème (HA!!) mais lorsqu'est venu le temps de la passer sous mes fesses... yiiiiii....ahhhh....ouffffff... merde, ça n'y allait pas! La voiture m'empêchant de m'étirer rendait impossible l'habillement et par la force brutale d'Émilie et de Star, le tissue a rendu les armes et s'est moulé à mon derrière en déchirant tout de même une petite craque d'aération sur le côté. Cette robe ne serait plus jamais la même! Épingles...épingles, ni vue, ni connue. J'ai sorti du véhicule à l'horizontal sous l'oeil amusé d'Adam qui semblait tout de même satisfait du résultat! Ce que les chinoises ne comprennent pas, c'est que je suis peut-être un peu plus joufflue, mais je peux me ''squeezer'' dans à peu près n'importe quoi!

Quand les mannequins se sont rassemblés pour marcher vers la scène, une des autres filles portait mon costume de clown de la veille! Oh pauvre elle, je lui avais probablement volé sa robe, mais à la guerre, comme à la guerre, ce n'est pas elle qui allait devoir faire la première page du journal local et filmer un segment pour la télé! La mannequin en chef nous a guidées vers la scène où on nous a demandé de prendre place dans des véhicules en attendant le début de l'évènement. C'est bien beau tout ça, mais j'ai bien cru que ma robe allait fendre en deux lorsque je me suis plié pour entrer dans la petite Focus. Après le discours d'ouverture, les filles sont montées sur scène et ont paradé alors que j'étais toujours cachée. Quelques secondes plus tard, on m'a appelée sur scène: (traduction du mandarin.. ce n'est pas une blague) ''And now, from Australia (oups... c'est plus exotique peut-être) the INTERNATIONAL Super-Model: ANDY!''. Poum chi.. Poum chi... Poum chi... d'un seul bond, j'ai grimpé les marches menant au tapis rouge, posé au centre de la scène, fait quelques ta-tas, marché sur le runway en verre, fait d'autres ta-tas, retourné au centre sans m'enfarger et pris la pose à la gauche de l'animatrice qui m'a ensuite interviewé pour la télé. Émilie toute souriante m'a rejoint sur scène et a traduit l'entretien: ''So Andy, what do you think of Bozhou?'', (phrase préparée par la télé) ''Oh, the city is beautiful and the people are so friendly!'', ''They want to welcome you'', ''Euh.. Thank you!!''. J'ai ensuite rejoint les autres filles dans la ligne et nous avons paradé de nouveau autour de la scène avant de finalement redescendre par les trois petites marches précaires.

 Ensuite, la mannequin en chef nous a guidées autour du stationnement où nous avons posé pour chacune des différentes compagnies et leurs véhicules respectifs. Mon étudiante m'a avertie que je devais seulement rester 2-3 secondes devant chacun des véhicules, créant ainsi une frénésie chez les photographes. Seulement, après quelques minutes de poses, ils ont bien vu que je ne savais pas trop quoi faire et ils ont rapidement commencé à suivre les ''vrais'' mannequins. Ouf, soulagement. En étudiant les poses des autres filles, je me suis améliorée et à la fin de la matinée, j'étais une vraie pro! Nous sommes ensuite retournées au véhicule pour nous changer et ils nous ont invitées dans un restaurant local pour le dîner. Le repas était agréable et le ressentiment que les filles avaient pour le traitement de faveur amené par mon statut de ''Star'' s'est quelque peu atténué lorsqu'elles ont fait ma connaissance. J'aime bien croire que je suis difficile à détester lorsque je me force vraiment pour être ''extra-friendly''. Lorsque nous étions bien repues, la responsable a donné à Émilie la clé d'une chambre d'hôtel mise à notre disposition ''to have a rest''. Zut, les filles devant rester au restaurant ou aller dans la voiture me jetaient de nouveau des regards qui tue! La chambre d'hôtel était en fait celle d'un membre de l'évènement alors l'idée de se coucher dans un lit déjà utilisé n'était pas tellement au sommet de notre palmarès des meilleurs endroits pour se reposer. Émilie qui tombait de fatigue s'est tout de suite couchée et j'en ai profité pour jaser avec Adam en attendant le reste de la journée. 

Vers 3h30, nous sommes retournés au véhicule où les filles se changeaient dans des vrais habits de ''pitoune de char'': des petits bustiers en cuirs et des mini-jupes. J'ai enfilé ma propre robe moulante noire et sortie du véhicule comme une vraie ''super-star'', me sentait mille fois plus sexy dans ma propre robe ajustée. Nous avons recommencé le même manège, faisait une apparition sur scène où plusieurs petites filles se sont mises à applaudir et crier lorsque j'ai défilé sur le catwalk. C'est à croire que j'avais probablement plutôt la tête de l'emploi dans cette tenue. Cette fois-ci, aucune des vraies mannequins ne riait de moi, voyant qu'une fille avec des courbes, ça peut aussi être ''beautiful''! J'étais surtout contente de pouvoir montrer à Émilie qu'il y a d'autres types de beauté que d'être grosse comme un bonhomme allumette!

Lorsque la deuxième partie de la journée s'est terminée, nous avons rejoint l'homme de la télé locale pour prendre un verre dans un restaurant et étant donné qu'il y avait un autre évènement, il m'a aussi fait monter sur la scène d'un vrai ''fashion show'' où j'ai défilé accompagnée de 4 mannequins masculins chinois. Moment cocasse: Lorsque nous étions au restaurant, un père de famille m'a tendu son bébé pour qu'il puisse prendre quelques photos de sa progéniture avec l'''International Super-Model''. À un moment, Adam et moi tenions le bambin, ayant l'air d'une véritable petite famille avec son bébé adopté... trop drôle!

Finalement, exténués, nous sommes retournés à Shangqiu en fin de soirée pour prendre un bon repas et regarder un film. Quelle journée incroyable! À pouvoir choisir, dans les fantaisies impossibles, j'aimerais beaucoup plus gagner à la loterie, qu'être un ''super-model'', mais c'est incroyablement flatteur de penser que mon visage canadien assez commun est aussi spécial en Chine. Ici...There's something about Andy...

1000 Yuan (environ 150$) de plus riche, je suis rentrée à la maison avec la promesse de prendre part à un autre évènement au mois de mai avec Adam. La télé de Shangqiu veut organiser un faux mariage traditionnel chinois entre une étrangère et un Chinois et un étranger et une Chinoise... Adam m'accompagnera donc pour ''faire semblant'' alors que je suivrai mon ''mari'' dans une voiture avec porteur et qu'il galopera sur une cheval devant sa ''blushing bride''... Ça devrait être bien drôle (et lucratif!). À suivre...